Sam (Andrew Garfield) tombe sous le charme de sa nouvelle voisine Sarah (Riley Keough), qui disparaît en pleine nuit sans laisser de traces.

«Sous le Silver Lake»: une énigme enrobée de mystère ***1/2

CRITIQUE / «Sous le Silver Lake» («Under the Silver Lake») était un des films les plus attendus du dernier Festival de Cannes. David Robert Mitchell avait marqué un grand coup avec «It Follows» (2014), variation brillante du suspense d’horreur. Les attentes étaient tellement grandes que, forcément, on a été un peu déçu par cette comédie satirique et un brin confuse. Mais cette quête surréaliste à Los Angeles demeure un objet unique en son genre dans le cinéma américain, notamment par son ambition.

Le réalisateur a ponctué son film néo-noir de nombreux hommages et références au 7e art (Chinatown, de Polanski; Hitchcock, Lynch et les frères Coen, entre autres). Les habitations autour du Silver Lake ont été construites à l’époque du cinéma muet. Mais Mitchell ne se limite pas au cinéma, il étend ses référents à la culture populaire. 

Dans la chambre de Sam (Andrew Garfield), il y a une affiche de Kurt Cobain, le regretté chanteur de Nirvana, et un Playboy; dans son salon, des BD (dont Spiderman, rôle que Garfield a endossé deux fois) et des affiches de classiques du cinéma. Il y a, sous la surface de cette culture pop dans laquelle nous baignons, des choses et des enjeux qui nous échappent. D’où le titre du film. 

Sam est d’ailleurs complètement largué. À 33 ans, ce perdant magnifique est passé à côté de son rêve (sans emploi, sa voiture saisie et sous une menace d’expulsion). Jusqu’à ce qu’apparaisse Sarah (la sexy Riley Keough), une nouvelle et séduisante voisine (et obscur objet du désir pour Sam). Qui disparaît aussitôt sans laisser de traces, en pleine nuit. Sous le voile de ce mystère en sont cachés plein d’autres... 

Intrigué, notre jeune désœuvré va enquêter dans un Los Angeles décalé, où «les personnages secondaires sont un peu comme des fantômes», pour reprendre la description très juste de David Robert Mitchell. On pense évidemment à Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard, 1950), le remarquable film noir de Billy Wilder.

Son récit halluciné emprunte aussi aux ressorts du film d’horreur (apparitions, bruitage suspect, délire de persécution, etc.). Andrew Garfield y est d’ailleurs excellent en contre-emploi, portant le film sur ses épaules sans coup férir (Riley Keough passe en coup de vent, mais c’est toute une bourrasque).

Autrement dit, Sous le Silver Lake se révèle autant un suspense (avec une finale, disons, vraiment far out) qu’un hommage appuyé au cinéma. Ce qui le rend si séduisant, malgré ses défauts.

On aurait juste aimé que Mitchell se disperse moins (trop d’histoires parallèles) et se ramasse un peu. À 2h15, le réalisateur a eu trop d’indulgence pour son propre bien envers son troisième effort. 

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: Sous le Silver Lake

• Genre: comédie satirique

• Réalisateur: David Robert Mitchell

• Acteurs: Andrew Garfield, Riley Keough, Callie Hernendez

• Classement: 13 ans +

• Durée: 2h19

• On aime: l’hommage au 7e art. Le récit décalé. Le ton satirique. L’ambition de l’œuvre

• On n’aime pas: la dispersion. Des longueurs