Le célèbre cinéaste Martin Scorsese a été honoré mercredi à Québec.

Scorsese: la vocation d'un cinéaste

Après Hitchcock, en 1952, et Spielberg, en 2002, Martin Scorsese est passé par Québec mercredi. Contrairement aux deux autres, le grand réalisateur n'est pas venu tourner un long métrage, mais recevoir un prix honorant l'ensemble de sa carrière et discuter. Un peu. L'Américain de 74 ans a répondu aux questions de l'éditeur Paul Elie, mais pas à celles des journalistes. Dommage. Le Soleil a quand même pu assister à ce dialogue éclairant d'une heure sur l'influence des images cinématographiques et religieuses sur sa carrière.
Ce n'est pas tous les jours qu'une légende vivante du 7e art passe par la capitale. Scorsese a une glorieuse carrière qui s'étale sur un demi-siècle et une filmographie qui comprend des classiques comme Taxi Driver, Raging Bull, Les affranchis, Casino, Les gangs de New York, Agents troubles... Il travaille depuis 1990 à la restauration et à la préservation du patrimoine cinématographique.
Scorsese était donc l'invité de deux congrès catholiques qui se déroulent à l'Université Laval. D'où les questions sur sa foi, thème principal de Silence, son plus récent long métrage, que les participants ont pu voir en matinée. Entretien de circonstance, donc.
Scorsese, veston bleu foncé, cravate rouge et cheveux blancs, a encore de l'énergie à revendre. Et du bagout. Avec une ou deux anecdotes dans son sac, mais pas de confession à faire - issu d'une famille italienne traditionnelle, il n'a jamais caché sa foi. Son oeuvre en est empreinte, et pas seulement dans ses films qui traitent explicitement du sujet : culpabilité et rédemption sont des thèmes récurrents. Tout comme la violence - la Bible en regorge...
L'enfance, comme bien d'autres, a joué un rôle majeur sur son futur. En raison de sa famille, bien sûr, mais aussi son asthme sévère, qui l'empêchait de pratiquer des sports. Il allait donc souvent au cinéma, ce qui a nourri sa passion, et à l'église. «Les cinémas étaient comme un sanctuaire», a-t-il expliqué. Il puise dans les films américains, mais aussi néo-réalistes italiens vus en famille, ainsi que dans son voisinage new-yorkais une imagerie qui va rester toute sa vie - comme Michel Tremblay!
Rencontre déterminante
Il fait toutefois une rencontre déterminante, le père Principe. Entre 11 et 17 ans, il aura une influence majeure sur le jeune Scorsese. Le prêtre lui ouvre l'esprit sur le Nouveau Monde et ses possibilités, dans les années 50, qu'incarnent alors les États-Unis. Et développe son esprit critique, en lui donnant à lire Graham Greene, Dwight Macdonald, Dostoïevski, et bien d'autres. «J'aimais la lecture, mais c'était le plaisir de découvrir la littérature qui traitait de thèmes spirituels.»
La mémoire fidèle, Scorsese évoque la première soirée télévisée des Oscars. Au lendemain, le père Principe demande à ses pupilles ce que représentait l'immense statue du trophée. «Le veau d'or!» L'image frappe Scorsese. «J'apprenais à mettre les choses en perspective.»
Il veut marcher dans les pas de son mentor et devenir prêtre. «Après trois mois, je n'avais entendu aucun appel», a-t-il rigolé. C'est plutôt sa vocation cinématographique qu'il décide de suivre. Avec raison. Tout au long de sa vie, «j'ai été obsédé par l'idée de faire des films».
La foi n'est pourtant jamais bien loin. Il rêve d'illustrer la vie de Jésus pour son premier long métrage, dans une version contemporaine. Il abandonne son projet après avoir vu L'Évangile selon saint Matthieu de Pasolini (1964). Bien que le percutant Mean Streets (1973), son troisième long métrage, soit clairement inspiré par son enfance - le personnage principal est déchiré entre sa foi et ses aspirations criminelles -, il faudra attendre La dernière tentation du Christ (1988) pour que le réalisateur y plonge jusqu'au cou.
Avant même sa sortie, le film cause une énorme controverse chez les catholiques purs et durs parce qu'il imagine Jésus qui «succombe» à la tentation en pensées. Un de ses producteurs lui demande pourquoi il tient tant à cette adaptation du livre de Nikos Kazantzakis. «Pour mieux connaître Jésus. Je ne savais pas quoi dire de plus.» C'est d'ailleurs à ce moment que Paul Moore, l'archevêque épiscopal de New York, lui remet Silence
Trente ans plus tard, le questionnement demeure le même. Avec ce roman de Shūsaku Endō, «je cherche ce qu'est la réelle signification de la foi».
Une quête qui l'a mené à une oeuvre exigeante, tant pour le réalisateur, ses acteurs (qui en ont bavé) que le spectateur. Et à un prix reçu à Québec. Mais s'il a trouvé sa réponse, Scorsese ne l'a pas partagé avec nous...