«Salyut-7» met surtout l’accent sur le destin des deux courageux cosmonautes chargés d’une mission presque suicidaire.

Salyut-7: mission impossible ***

CRITIQUE / Février 1985. Salyut-7, endommagée, ne répond plus aux commandes. Les autorités soviétiques vont expédier deux cosmonautes sur la station spatiale inhabitée pour éviter la catastrophe : son écrasement sur Terre ou, pire, que les Américains pénètrent à bord avant eux. En dramatisant un peu, «Salyut-7» raconte avec adresse cette odyssée méconnue en mettant surtout l’accent sur le destin des deux courageux chargés de cette mission presque suicidaire.

Le duo d’inconscients est formé de Vladimir Fedorov (Vladimir Vdovichenkov), pilote surdoué mais tête brulée, et de son ami Viktor Alekhine (Pavel Derevyanko), un ingénieur introverti qui rêve d’aller dans l’espace.

Une fois arrimés à Salyut-7, les cosmonautes vont réaliser que la tâche s’annonce herculéenne. Mais aussi que leur retour sur Terre risque d’être compromis par celle-ci...

Avec les années qui passent, on oublie parfois à quel point l’ex-URSS avait une longueur d’avance dans la course à l’espace. La réparation de Salyut-7 est donc un impératif politique et idéologique — l’honneur et la réputation de l’Union soviétique sont en jeu. Nous sommes encore en pleine Guerre froide.

Klim Shipenko, jeune réalisateur russe de 35 ans, le souligne bien, tout en ayant la délicatesse de ne pas tomber dans le patriotisme tonitruant. 

Il a toutefois la main plus lourde dans sa réalisation, beaucoup plus proche du Gravité (2013) d’Alfonso Cuarón que du Solaris (1972) du regretté Tarkovski. Notamment dans l’utilisation de la musique tonitruante qui vient surligner l’évidence ou, encore pire, gâcher la beauté de certaines scènes — les images sont superbes, parfois très poétiques, comme ces moments où les deux hommes doivent composer avec de l’eau qui flotte, sous forme de bulles, dans la station.

Empruntant aux techniques hollywoodiennes, Shipenko réussit à maintenir une tension de tous les instants — notamment avec le montage parallèle entre ce qui se passe en basse orbite autour de la Terre et dans le centre de contrôle sur le plancher des vaches. Mais il prend aussi certaines libertés comme cette caméra subjective lors d’une sortie extravéhiculaire — le spectateur a vraiment un vertige sidéral…

Ce qui compense pour la faiblesse des dialogues. À ce chapitre, le jeu minimal et intense des acteurs est aussi à souligner. 

Salyut-7 place au premier plan les valeurs de sacrifice et de courage, qu’il illustre de façon assez réaliste, sans glorification. Le film est d’ailleurs dédié aux héros de la conquête spatiale.

Shipenko en fait une belle démonstration.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote : ***

• Titre : Salyut-7 (v.o.s.-t.f.)

• Genre : drame historique

• Réalisateur : Klim Shipenko

• Acteurs : Vladimir Vdovichenkov, Pavel Derevyanko et Aleksandr Samoylenko

• Classement : général

• Durée : 1h55

• On aime : la leçon d’histoire, la superbe photo, le côté humain

• On n’aime pas : l’aspect hollywoodien