Roger D'Astous a participé à deux grands projets architecturaux controversés: l'hôtel Château Champlain et le Village olympique des Jeux de 1976.

Roger D'Astous: «starchitecte» du Québec moderne ***

CRITIQUE /Si on en croit le documentaire qui lui est consacré, Roger D'Astous a été un des plus grands architectes du Québec, au même titre qu'Ernest Cormier. Protégé du génial Frank Lloyd Wright, le flamboyant personnage a été une «starchitecte» avant l'heure. Le film que lui consacre Étienne Desrosiers est éclairant à bien des égards, mais il laisse malheureusement certains épisodes dans l'ombre de l'homme dont le destin n'a pas été de tout repos.
On comprend facilement que Desrosiers (Miroirs d'été, 2007, avec Xavier Dolan) se soit intéressé à D'Astous. Charismatique, plus grand que nature, l'artiste laisse son empreinte sur le patrimoine architectural d'ici dès ses débuts. Considéré comme l'un des précurseurs du modernisme d'après-guerre, il cherche à établir une architecture organique qui s'inscrit dans le paysage, créant de magnifiques résidences épurées et des églises futuristes qui font forte impression.
Le réalisateur filme celles-ci sous tous les angles, pendant les quatre saisons, utilisant la musique - parfois un peu trop insistante - pour exalter les formes. Images d'archives, extraits de lettres ainsi que témoignages de ses enfants, de ses proches encore vivants et d'experts guident le spectateur en respectant une démarche chronologique et didactique.
Les entrevues avec les propriétaires - certains célèbres comme Serge Savard, d'autres pas - permettent de rendre le propos plus chaleureux et de mieux comprendre les excentricités de D'Astous; mais aussi sa vision, précurseure d'un Pierre Thibault.
Ce luxe de détails, parfois un peu lassant, se fait étrangement chiche lorsqu'il s'agit d'aborder les éléments controversés de ses deux plus grands projets : l'hôtel Château Champlain et le Village olympique pour les Jeux de 1976. Le premier, qui porte une forte signature, s'avère un désastre financier qui nuit fortement au succès de sa carrière. Le deuxième, avec Luc Durand, tourne aussi au cauchemar. 
Les deux associés sont victimes innocentes d'un scandale financier qui paralyse leur activité durant cinq ans et aura une forte incidence sur le reste de la carrière de D'Astous. L'architecte connaîtra un regain créatif à partir du milieu des années 80 jusqu'à sa mort, en 1998.
Étienne Desrosiers imprime une forte vision poétique à son film, narré par Emmanuel Schwartz. On aurait aimé, toutefois, un point de vue plus critique dans ce déluge de commentaires souvent dithyrambiques. 
Le long métrage a néanmoins le grand mérite de faire oeuvre de mémoire et de mettre en perspective la beauté des créations de Roger D'Astous. Comme le dit un architecte qui habite une de ses résidences à Valleyfield, elles sont «un tour de magie».
Au générique
Cote: ***
Titre: Roger D'Astous
Genre: documentaire biographique
Réalisateur: Étienne Desrosiers
Classement: général
Durée: 1h43
On aime: la page d'histoire, le ton poétique, la richesse documentaire
On n'aime pas: le peu de détails sur les périodes sombres, le manque de distance