On peut se demander ce que Vincent Lindon est allé faire dans cette galère qu’est Rodin.

Rodin: total manque d’inspiration *

CRITIQUE / Si Jacques Doillon cherche sérieusement pourquoi il tourne de moins en moins, la réponse se retrouve condensée dans son pitoyable Rodin. On se demandait ce que le réalisateur de Ponette (1996) pouvait apporter de plus sur le sujet au Camille Claudel (1988) de Bruno Nuytten. Rien. Autant le premier était survolté, autant le deuxième manque de passion: d’un ennui mortel.

Mais ce n’est pas le comble. Alors qu’il fait le portrait d’un artiste anticonformiste, Doillon propose un film d’un académisme navrant, avec ces petites vignettes qui se terminent avec un fondu au noir et qui utilisent la voix hors champ pour lier les ellipses.

Après 15 minutes de projection en compétition au Festival de Cannes 2017, les journalistes n’ont cessé de quitter la salle jusqu’à la fin. Avec raison. Doillon se sert de Rodin (Vincent Lindon) pour dénuder de jeunes femmes en insistant avec sa caméra de mononcle... Et le drame biographique chronologique enfile les clichés et les répliques archiconvenues, parfois ridicules : «La beauté, on ne la trouve que dans le travail. Sans lui, on est foutu.» Eh boy...

Le long métrage débute à Paris en 1880 alors que le sculpteur de 40 ans reçoit enfin sa première commande de l’État: La porte de l’enfer et ses célèbres figurines, Le penseur et Le baiser. Marié mais peu fidèle, il trouvera la passion — et l’inspiration — auprès de son élève la plus douée: Camille Claudel (Izïa Higelin). La sensualité de sa sculpture suscite autant l’enthousiasme que l’indignation.

Rodin va s’acharner jusqu’à la reconnaissance... Ce sera long: il est infatigable dans la création, mais timide à défendre son œuvre.

On peut se demander ce que Lindon est allé faire dans cette galère. Même sa forte incarnation n’arrive pas à la sauver du naufrage. Quant à Izïa Higelin, elle devrait s’en tenir à la chanson ou aux comédies comme Samba (Toledano et Nakache, 2014).

Rodin manque singulièrement d’inspiration quand il s’agit d’explorer le rapport du sculpteur à la création, ce qui est assez paradoxal, merci. Pourquoi faire un film austère et terne, engoncé dans son cinéma conventionnel, alors qu’il devrait célébrer la puissance du geste créatif et le pouvoir de l’art à bouleverser et à susciter la réflexion?

Sinon, on peut toujours se rabattre sur la photographie de Christophe Beaucarne. Mais de belles images ne feront jamais un bon film. On note aussi la présence anecdotique de Victor Hugo, Rainer Maria Rilke, Monet, Cézanne...

La question qui tue: au nombre de longs métrages français soumis au Festival de Cannes, une cinquantaine de candidats sérieux, celui-là était parmi les meilleurs pour la compétition? Impossible.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: *

• Titre: Rodin

• Genre: drame biographique

• Réalisateur: Jacques Doillon

• Acteurs: Vincent Lindon, Izïa Higelin, Sévérine Caneele

• Classement: 13 ans +

• Durée: 2h

• On aime: on se le demande

• On n’aime pas: à peu près tout sauf Lindon