Dans le film, c’est Taron Egerton (Kingsman) qui incarne le jeune Reginald Kenneth Dwight et interprète lui-même les chansons de celui qui accédera à la gloire sous le nom d’Elton John.

«Rocketman»: dans la tête d’Elton John

LAS VEGAS — «Elton raconte l’histoire pour nous» : après «Bohemian Rhapsody», drame biographique à succès consacré à Freddie Mercury, le réalisateur Dexter Fletcher porte sur grand écran la vie rêvée d’une autre légende de la musique britannique, Sir Elton John.

Pour Bohemian Rhapsody, Dexter Fletcher avait été appelé au secours fin 2017 par la production pour sauver le film après le licenciement de son prédécesseur Bryan Singer, au cœur des scandales d’abus sexuels qui secouaient Hollywood.

Mais à l’époque, c’est bien sur Rocketman que le réalisateur britannique travaillait déjà. Le film sera présenté en première mondiale au Festival de Cannes le 16 mai, puis prendra l’affiche le 31 mai au Québec.

«C’était vraiment une coïncidence, assure M. Fletcher. J’avais déjà travaillé sur Bohemian Rhapsody des années plus tôt, mais cette version ne s’était pas faite. Quand ils m’ont appelé pour reprendre la suite, je connaissais bien le sujet», explique-t-il.

«J’ai fait ce que je devais, mais mon vrai centre d’intérêt ça a toujours été Rocketman», affirme le cinéaste de 53 ans, qui fut également acteur, notamment pour Guy Ritchie dans son premier long métrage Arnaques, crimes et botanique.

Dexter Fletcher n’a sans doute pas fait une mauvaise affaire puisque Bohemian Rhapsody a raflé quantité de prix, parmi lesquels le Golden Globe du meilleur film dramatique et quatre Oscars. Même s’il n’apparaissait au générique qu’en tant que «producteur exécutif», les règles syndicales de Hollywood réservant à Bryan Singer le titre de réalisateur sur cette œuvre.

Sir Elton a collaboré à la création du film «Rocketman». Il a d’ailleurs donné sa bénédiction à l’équipe.

«Le meilleur des années 1970 et 1980»

Queen et Elton John ont toujours fait partie de la playlist de Dexter Fletcher.

«Cette musique, c’était le meilleur des années 1970 et 1980, durant lesquelles j’ai grandi», lance-t-il, avouant tout de même avoir «davantage écouté les trucs d’Elton».

Porter à l’écran «une chanson géniale que tout le monde connaît et que tout le monde aime, c’est une expérience unique. C’est vraiment ça qui me passionne avec Rocketman, ces grandes chansons qu’on réinterprète», poursuit Fletcher.

Dans le film, c’est Taron Egerton (Kingsman) qui incarne le jeune Reginald Kenneth Dwight et interprète lui-même les chansons de celui qui accédera à la gloire sous le nom d’Elton John.

D’après les extraits présentés à la presse, Rocketman s’attarde sur la jeunesse de l’artiste : ses premiers cours de piano, l’adolescent qui refuse de jouer la musique composée par des «gens décédés», ses débuts au club Troubadour à Los Angeles en 1970 et ses deux concerts géants, à guichets fermés, au Dodger Stadium seulement cinq ans plus tard.

«liberté d’imagination»

Dexter Fletcher insiste sur le fait que son film «n’est pas une biographie officielle», mais plutôt une relecture de la vie d’Elton John par l’artiste lui-même.

«Nous sommes à l’intérieur des souvenirs d’Elton, et les souvenirs peuvent être trompeurs. Si je vous demande de me parler de votre univers quand vous étiez enfant [...] ce dont vous vous souviendrez sera légèrement différent de la façon dont c’était réellement», relève le réalisateur.

«Nous ne sommes pas limités par les faits, nous avons une liberté d’imagination, ce qui est très important lorsqu’on fait un film», dit-il, affirmant qu’«avoir Elton comme narrateur a été très libérateur de ce point de vue».

Le chanteur aux cinq Grammy Awards et 300 millions de disques vendus est l’un des producteurs du film, tout comme son mari, le cinéaste David Furnish.

Rocketman ne cherche d’ailleurs pas à éviter le sujet de l’homosexualité. «Nous savons qu’Elton est gai, que Freddie [Mercury] était gai», explique Fletcher, soulignant que le film mentionne le «premier amour d’Elton», qui a officiellement révélé son homosexualité en 1988.

Elton John «a tout regardé, il a lu le scénario, il nous a donné son avis, ses idées, mais il a aussi été très généreux. Il savait que nous devions faire notre propre version» et «il a donné sa bénédiction à Taron» et à l’équipe du film, sourit Dexter Fletcher.