Le film de Guillermo del Toro est nommé 13 fois aux Oscars.

Quelques secrets du tournage de La forme de l'eau

TORONTO — D’un hôpital abandonné à Toronto aux annonces classées en passant par la pneumonie de Guillermo del Toro, les artisans canadiens du film La forme de l’eau (The Shape of Water) ont fait preuve d’ingéniosité pour créer le long métrage 13 fois nommé aux Oscars.

SON

Pour son interprétation de la créature amphibie gardée captive dans un laboratoire secret du gouvernement, l’acteur Doug Jones a reçu l’ordre de faire des sons d’homme-sirène. L’équipe en avait toutefois besoin de plus afin de «donner un vocabulaire» au personnage et de «rendre ses émotions», explique le Torontois Nelson Ferreira, finaliste dans la catégorie du meilleur montage sonore avec son compatriote Nathan Robitaille.

Nathan Robitaille a finalement utilisé sa propre voix pour créer certains des sons, qu’il a combinés avec ceux de différents mammifères marins.

«Il manquait toujours quelque chose, et c’est là que notre réalisateur est entré en jeu», raconte Nelson Ferreira.

«Guillermo dit qu’il est toujours malade pendant la postproduction. Pendant le montage, il a toujours une pneumonie, peut-être à cause de tout ce qu’il fait subir à son corps pendant le tournage. Je ne sais pas.»

«Il a une voix forte et enrouée à la base, mais il avait une sorte de respiration fluide qu’on a utilisée. Donc ce que vous entendez dans cette créature, tout ce son que vous entendez, c’est le concepteur sonore et le réalisateur qui travaillent ensemble pour donner vie à cette créature.»

Pour le son des véhicules dans un Baltimore des années 60, les concepteurs sonores se sont rendus en campagne pour enregistrer les sons de vieilles voitures au milieu de la nuit.

«C’est ce que nous faisons toujours dans les films, nous allons dans un coin isolé à deux heures du matin et nous enregistrons des véhicules toute la nuit. On porte des vestes orange et des lampes frontales et on fonce sur les routes de campagnes et enregistrons le tout avec nos assistants», note Nelson Ferreira.

CONCEPTION DES DÉCORS

Pour créer le laboratoire où est gardée la créature, le concepteur de décors torontois Jeffrey A. Melvin a récupéré du matériel industriel d’un hôpital qui allait être démoli dans la ville.

Il a aussi commandé du linoléum rétro au Minnesota et a trouvé un lit ancien «qui est probablement unique en Amérique du Nord», qu’il a fait venir de Californie pour la résidence du personnage de Richard Jenkin.

«Dans son appartement, on retrouve de superbes meubles dont certains ont été trouvés sur Kijiji», note Jeffrey A. Melvin.

Parmi ces articles achetés sur le site de petites annonces, on retrouve un divan des années 1950 ou 1960 recouvert d’un tissu rétro «qui avait un genre de motif égyptien».

«Personne ne s’y intéresserait maintenant, et il était déchiré, et Guillermo a dit qu’il le prendrait», raconte l’artiste.

«J’ai réussi à prendre l’arrière et à l’utiliser pour réparer les coussins, puis nous avons mis autre chose à l’arrière. On ne pourrait même pas acheter ce tissu. C’était donc un article très cool à trouver et il allait parfaitement avec le décor.»

LES COSTUMES

Le concepteur de costumes torontois Luis M. Sequeira a parcouru différents endroits sur la planète pour dénicher les vêtements du film, notamment sa propre ville, de même que Montréal, Ottawa, New York, Los Angeles et Londres.

Il a trouvé ce dont il avait besoin dans des maisons louées, des friperies, des garages et des marchés aux puces.

«De gros bacs de rangement remplis de vêtements oubliés, raconte-t-il. Il y a des pièces qui viennent de ventes de succession.»

«Il y a une personne en particulier [à Philadelphie] qui avait été propriétaire d’un grand magasin et qui avait un penchant pour les chaussures et nous sommes tombés sur sa collection et avons pris plusieurs de ses chaussures, dont la majorité avaient à peine été portées, lorsqu’elles l’avaient été. C’était une trouvaille excitante.»