Robert Naylor se débrouille plutôt bien dans la peau d’un jeune homme déboussolé et avide d’amour absolu.

«Quand l’amour se creuse un trou»: j’aime ta grand-mère **

CRITIQUE / Le premier long-métrage du Mont­réalais Ara Ball, «Quand l’amour se creuse un trou», ne cache pas sa filiation avec le film culte «Harold et Maude» dans sa façon d’aborder une relation amoureuse entre un adolescent et une femme d’âge très mûr. Mais les comparaisons s’arrêtent là. Si le film de Hal Ashby, avant-gardiste pour son époque (1972), baignait dans une fraîcheur rigolote et une touchante poésie appuyée par la musique de Cat Stevens, son pendant québécois peine à s’arracher à une intrigue terre-à-terre, où l’émotion demeure en rade.

Contrairement à Harold, Miron (Robert Naylor) n’est pas fasciné par la mort, les enterrements et les cimetières. L’adolescent de 17 ans n’en traverse pas moins une mauvaise passe. Davantage attiré par les partys rock’n roll et le skate que par les études, il est en voie de couler son cinquième secondaire, au grand désarroi de ses parents (Julie Le Breton et Patrice Robitaille). «Tu te creuses un trou au lieu de grandir avec sagesse», lui font-ils savoir sur un ton teinté d’inquiétude.

Aux grands maux, les grands remèdes : Miron sera tenu d’aller passer l’été avec eux, à la campagne, loin des mauvaises fréquentations et des tentations de la ville. L’adolescent pourra ainsi plancher sur ses matières scolaires sous la supervision de sa mère psycho-rigide.

Dans ses temps libres, bien peu à faire pour lui dans ce coin perdu, sinon ressasser de grandes questions existentielles entre deux soupers avec des parents encarcanés dans le passé et une vie conjugale qui bat de l’aile. C’est dans ce contexte que la rencontre inattendue avec Florence (France Castel) lui sera salutaire dans sa quête d’authenticité.

D’une première rencontre sous le signe de la complicité, la relation de l’adolescent avec cette veuve frivole, toujours rebelle et de sages conseils, évoluera jusqu’à se terminer au lit, dans des étreintes filmées avec pudeur. Et au diable les parents et les qu’en dira-t-on, comme dans la chanson J’aime ta grand-mère des Trois Accords, le couple intergénérationnel veut «un amour qui se passe de commentaire»…

Manque d’originalité

Si le thème choisi par Ball est plutôt casse-gueule, force est d’admettre qu’il ne fait pas preuve d’originalité pour le conduire à bon port. Sa mise en scène conventionnelle, son scénario approximatif et trop souvent anecdotique, le profil trop mince des personnages, tout cela mis ensemble fait qu’il est difficile d’adhérer à son audacieuse proposition. 

L’idylle entre Miron et Florence tranche sur le rapprochement soudain du couple Le Breton-Robitaille qui, après avoir préconisé une solution radicale pour lui mettre fin, renouera comme par magie à la faveur d’une libido retrouvée par madame. Un peu gros. En outre, la signification du titre, dévoilée dans le dernier droit, s’avère un beau flash, mais laisse perplexe. Dans les circonstances, le surréalisme prôné par son auteur ne fonctionne tout simplement pas.

Il a bien grandi, Robert Naylor, depuis l’époque de 10 ½, de Podz, où, en gamin révolté, il explosait de rage à tout instant dans son centre d’accueil. Le jeune homme, qui signe également la trame sonore du film, se débrouille plutôt bien dans la peau d’un jeune homme déboussolé et avide d’amour absolu, face à une France Castel égale à elle-même, pétillante d’une jeunesse qui ne semble pas vouloir la quitter. Grâce à elle, le film met en lumière le sujet tabou de la sexualité chez le troisième âge ce qui est tout à l’honneur de son réalisateur.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: **
  • Titre: Quand l’amour se creuse un trou
  • Genre: comédie dramatique
  • Réalisateur: Ara Ball
  • Acteurs: Robert Naylor, France Castel, Julie Le Breton et Patrice Robitaille
  • Classement: 13 ans et plus
  • Durée: 1h23
  • On aime: la trame sonore, l’audace d’aborder le thème de la sexualité chez le troisième âge
  • On n’aime pas: des dialogues qui sonnent souvent faux, le rythme déficient, la finale qui tombe à plat