Malgré le jeu à fleur de peau de Sara Forestier en enseignante dévouée et excessive, Primaire souffre de la comparaison avec des films comme L'argent de poche ou Monsieur Lazhar.

Primaire: prof en croisade **1/2

CRITIQUE / Florence est une institutrice dans une petite ville française. Les choses se déroulent relativement bien jusqu'à l'arrivée de Sacha, un élève délaissé et en difficulté. La jeune trentenaire va entreprendre une croisade pour le sauver, négligeant sa vie de mère, de femme et sa vocation. Sur ce canevas de bon augure, Primaire ne réussit malheureusement pas à remplir toutes ses promesses, s'enfonçant dans les lieux communs et une réalisation banale.
Florence (Sara Forestier) habite au-dessus de l'école Champollion avec son fils Denis (Albert Cousi), qui est aussi dans sa classe. Lorsque Sacha (Ghillas Bendjoudi) lui est confié, elle se prend d'affection pour cet enfant explosif et démuni, rejeté par ses camarades. Abandonné par sa mère qui préfère la fuite, le garçon en manque d'affection s'éprend de sa professeure. 
Alors que la majorité des enseignants débordés et le directeur voudraient le confier à la protection de l'enfance, Florence veut éviter à tout prix qu'il se retrouve en famille d'accueil. Elle se tourne vers Mathieu (Vincent Elbaz), l'ex-amoureux de la mère en goguette et livreur insouciant, aussi extraverti que Florence est coincée. Les deux vont bientôt se rapprocher, malgré Sacha et le désarroi de Denis, qui se sent négligé.
Ce drame qui empile les clichés compte au moins sur le jeu à fleur de peau de Sara Forestier, totalement investie et toujours aussi fougueuse. Ce rôle de prof dévouée et excessive marque un beau départ de ses interprétations de jeunes femmes fragiles et brisées par la vie dans Suzanne (2013) et La tête haute (2015). Sans elle et le petit Ghillas Bendjoudi, très naturel, Primaire se serait écrasé au décollage.
Le drame s'avère très écrit dans ses dialogues, qui sont forcés plutôt que spontanés. La réalisation manque clairement d'envergure - Hélène Angel (Rencontre avec le dragon, 2003) tournant peu, on la soupçonne d'avoir opté pour la prudence.
Vrai que ce n'est pas évident de tourner avec de jeunes enfants qui jouent un rôle. La réalisatrice multiplie d'ailleurs les plans de réaction de ceux-ci à une situation donnée, ce qui finit par être routinier et alourdir la mise en scène. Curieusement, sa volonté de se coller à Florence le reste du temps fait en sorte qu'elle néglige ses personnages secondaires adultes, à peine esquissés. 
Qu'Hélène Angel ait voulu faire un portrait de femme, celui d'une institutrice à bout de nerfs, obsédée par la tâche à accomplir et surmenée, soit. Mais Primaire souffre de la comparaison avec des films comme L'argent de poche (1976) de Truffaut, à l'histoire étrangement semblable, ou encore Monsieur Lazhar (2011) de Falardeau, qui se servait de l'éducation pour aborder des thèmes sociaux profonds. 
Primaire est un film qui voudrait générer beaucoup d'émotion chez le spectateur et qui y arrive rarement, sauf dans sa dernière partie, où il prend enfin son envol. C'est trop peu, trop tard : beaucoup vont avoir décroché bien avant. D'autant que certains événements sont peu crédibles, comme l'arrivée soudaine du père de Denis.
Le dénouement heureux, mièvre et plaqué, vient, en plus, gâcher les derniers moments. Dommage.
Au générique
Cote: **1/2
Titre: Primaire
Genre: drame
Réalisatrice: Hélène Angel
Acteurs: Sara Forestier, Vincent Elbaz et Ghillas Bendjoudi
Classement: général
Durée: 1h45
On aime: l'investissement de Sara Forestier, le dernier tiers
On n'aime pas: la réalisation convenue, les lieux communs, le manque d'émotion