Polina (Anastasia Shevtsova) intègre le Bolchoï pour faire plaisir à ses parents, puis suit sa nouvelle flamme (Neils Schneider) en France pour faire de la danse contemporaine.

Polina: partition mal exécutée **1/2

CRITIQUE / La pratique artistique inspire souvent les réalisateurs. On ne compte plus le nombre de films sur la peinture, la musique et, dans une moindre mesure, la danse. Polina, danser sa vie n'apporte malheureusement rien de neuf. Et dans leur volonté d'explorer plusieurs thèmes de front, les réalisateurs n'en approfondissent aucun. Reste la danse comme telle, omniprésente.
Le récit initiatique simpliste et linéaire suit les différentes étapes qui vont permettre à Polina (Anastasia Shevtsova), qui intègre le Bolchoï pour faire plaisir à ses parents, de se libérer des cadres rigides de l'éducation et de la danse classique pour s'émanciper. Et trouver sa voie.
Le film consacre un long moment à son enfance avant d'entrer dans le vif du sujet. Les réalisateurs veulent établir le contexte de pauvreté et les difficultés du père avec des malfrats locaux. Après avoir lourdement insisté, le paternel sera prestement évacué... 
Ce premier acte génère néanmoins le moment le plus inspiré du film alors que la jeune fille danse librement dans un espace vague au pied d'une centrale nucléaire. La séquence illustre bien la liberté exprimée par le mouvement improvisé, qui contraste avec la rigidité de l'apprentissage de la danse classique.
Elle résume ce qui s'en vient. À savoir que l'académisme du Bolchoï pèse lourdement sur la jeune femme, qui préfère suivre sa nouvelle flamme (Neils Schneider) et faire de la danse contemporaine en France sous la houlette de la talentueuse chorégraphe Liria Elsaj (Juliette Binoche, sous-utilisée)...
On ne nous épargne ensuite aucun cliché du genre sur la détermination et les difficultés la pratique artistique : blessures, découragement, remise en question, conflits, etc.
Tout à Polina, Angelin Preljocaj et Valérie Muller négligent leurs personnages secondaires et la progression du récit. À force d'être allusif, le scénario de Muller, adapté du roman graphique Polina (2011) de Bastien Vivès, est plein de trous, de raccourcis et distend l'arc dramatique. 
L'émotion ne passe pas. En partie parce que Polina n'est guère attachante, mais aussi parce que le jeu buté et inexpressif de la gracieuse Anastasia Shevtsova ne suscite pas l'adhésion. Elle est trop souvent filmée en gros plan, d'ailleurs. Le film joue la carte de la fascination, mais c'est en vain...
À vouloir mettre de la danse partout, Polina, danser sa vie passe à côté de sa cible. Reste que certaines de ces scènes sont magnifiques, en particulier le sensuel morceau final, filmé en clair-obscur. Le long métrage compte d'ailleurs sur un beau travail du directeur photo George Lechaptois, dont la caméra mobile magnifie l'expression des corps agencés par Preljocaj. Le célèbre chorégraphe, officier des arts et lettres, y met toute sa science.
Les morceaux contemporains, rythmés par la musique techno envahissante, sont fascinants. Mais ça ne réchappe pas le reste.
Au générique
Cote : **1/2
Titre : Polina, danser sa vie
Genre : drame
Réalisateurs : Angelin Preljocaj et Valérie Muller
Acteurs : Anastasia Shevtsova, Niels Schneider et Juliette Binoche 
Classement : général
Durée : 1h48
On aime : les superbes séquences de danse
On n'aime pas : le scénario convenu et prévisible, le jeu inexpressif d'Anastasia Shevtsova, la superficialité du traitement