L'affaire de viol d'une adolescente américaine de 13 ans poursuit le réalisateur du Pianiste depuis 40 ans. Une pétition a été lancée il y a quelques jours sur les réseaux sociaux demandant sa destitution comme président des César.

Polanski renonce à la présidence des César

Sous la pression d'associations féministes, le réalisateur franco-polonais Roman Polanski a renoncé à présider la cérémonie des César, grand rendez-vous du cinéma français, à cause de l'affaire de viol d'une adolescente américaine de 13 ans qui le poursuit depuis 40 ans.
Le réalisateur du Bal des vampires, de Tess, du Pianiste ou de Rosemary's Baby, qui a reçu de nombreux prix à travers le monde, est toujours poursuivi par la justice américaine pour le viol présumé d'une adolescente en 1977.
Dénonçant une polémique qu'il juge «injustifiée» et «alimentée par des informations tout à fait erronées», le réalisateur de 83 ans a annoncé mardi sa décision par la voix de son avocat, Hervé Témime.
Cette controverse a «profondément attristé Roman Polanski et atteint sa famille» et le réalisateur «a décidé de ne pas donner suite à l'invitation» des organisateurs de la cérémonie des «Oscars français», prévue le 24 février, d'après le communiqué de son avocat.
«Bonne nouvelle. Si notre société pouvait enfin sortir du déni vis-à-vis des violences sexuelles, ça serait top!» a aussitôt réagi la féministe Caroline de Haas sur Twitter.
Peu après l'annonce du choix du réalisateur par l'Académie des Césars, une pétition a été lancée pour sa destitution sur les réseaux sociaux, recueillant plus de 61 000 signatures mardi, ainsi qu'un appel au boycottage de la cérémonie.
«Quelques semaines après l'affaire David Hamilton, et alors qu'est menée une réflexion sur les délais de prescription pénale pour les victimes de violences sexuelles [...], la désignation de Roman Polanski est un pied de nez indigne fait aux nombreuses victimes de viols et d'agressions sexuelles», avait dénoncé le collectif Osez le féminisme.
Le photographe britannique David Hamilton, accusé par l'animatrice française Flavie Flament de l'avoir violée il y a près de 30 ans, a été trouvé mort à son domicile parisien fin novembre 2016, probablement à la suite d'un suicide.
Refus d'extradition
Le choix du réalisateur avait aussi été condamné par la ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, qui l'avait jugé «surprenant et choquant». Sa collègue au gouvernement, la ministre de la Culture Andrey Azoulay, s'était en revanche abstenue de critiquer la désignation du réalisateur et avait loué un cinéaste de «très grand talent».
Le titre de président de la cérémonie des César est essentiellement honorifique, les récompenses étant attribuées par plus de 4000 professionnels.
Né en France de parents polonais, Roman Polanski, à l'époque âgé de 43 ans, avait été poursuivi en 1977 en Californie pour le viol d'une adolescente de 13 ans.
Libéré sous caution après 42 jours de prison, le cinéaste qui avait plaidé coupable de «rapports sexuels illégaux» avec une mineure mais nié le viol, s'était enfui des États-Unis avant le verdict, craignant d'être lourdement condamné.
Considéré depuis comme un «fugitif» par les États-Unis, il court toujours le risque d'y être extradé. En décembre 2016, la Cour suprême polonaise a mis fin à une procédure d'extradition entamée en 2014 à la demande de la justice américaine.
La victime, Samantha Geimer, a réclamé à plusieurs reprises l'abandon définitif des poursuites et a dit lui avoir pardonné. «La justice suisse puis la justice polonaise ont refusé de faire droit aux demandes d'extradition des États-Unis. Ces décisions ont établi qu'il avait bien exécuté la peine qui avait fait l'objet d'un accord entre toutes les parties à l'époque, procureur et avocat de Samantha Geimer inclus. C'est donc d'une manière totalement injustifiée que cette polémique a surgi», a souligné mardi l'avocat Hervé Temime.
Naturalisé français en 1976, Roman Polanski vit en France. Il n'est jamais retourné aux États-Unis, pas même en vue de recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur en 2003 pour Le pianiste.