Le documentaire suit de jeunes élèves de l’École supérieure de ballet, qui sont d’un altruisme et d’une spontanéité étonnants dans un univers aussi compétitif.

«Point d’équilibre»: tout près de la perfection ***1/2

CRITIQUE / Auditions, règles, corrections, évaluations, entraînement… Le programme professionnel de l’École supérieure de ballet est on ne peut plus exigeant et recrute des enfants exceptionnels. Il porte aussi son lot de rêves, de belles amitiés, de résilience, de rires et d’émotions intenses, des aspects que la réalisatrice Christine Chevarie-Lessard a bien réussi à mettre en valeur dans son documentaire «Point d’équilibre».

Elle livre un portrait sans complaisance, où on entend les adultes, dans les classes et lors des évaluations, mais où c’est aux jeunes qu’on laisse le micro. Ils sont lucides, persévérants, perfectionnistes, très au courant de leurs failles, physiques et psychologiques. Ils les expriment et en parlent entre eux de façon extrêmement saine. Avec un altruisme et une spontanéité étonnants dans un environnement si compétitif et épuisant.

On en suit quatre plus particulièrement: Camille, qui vient d’entrer au programme professionnel; Emma, qui passera les auditions pour Casse-Noisette et aura ses premières pointes; Lola, parmi les grandes qui viennent d’entrer au secondaire, et Shô, qui nous amène dans la classe des garçons, où il faut travailler fort, et trouver sa place dans un univers très féminin.

Tout en découvrant les classes et leur vie en dehors de celles-ci (les confidences des filles, les jeux de Playmobil, les mangas, les jeux vidéo, les premiers émois), tranquillement, les blessures prennent de plus en plus de place dans les discours. Oui, c’est une chose de se faire des ampoules, c’en est une autre d’entendre une jambe craquer et une ballerine hurler de douleur (scène qu’on ne voit pas, mais qui nous est très bien racontée).

Les larmes nous montent aux yeux à de nombreux moments en visionnant le documentaire, qui suscite une adhésion émotive assez exceptionnelle. On sourit aussi, on s’attache facilement à ces beaux humains. On en vient à comprendre très bien ce qu’ils aiment dans cet art technique, exigeant, injuste parfois, mais qui amène à se connaître à fond et à se dépasser. La chute est belle, et montre que la vie ne nous amène pas toujours où l’on pensait aller.

La réalisation est lumineuse, avec de petites touches plus éclatées et fantaisistes, comme lorsque Shô est représenté en manga ou qu’Emma flotte dans un ciel étoilé en essayant ses premières pointes. Par moments, on a l’impression que certaines phrases des enfants, dans la narration, ont été écrites, ce qui détonne un peu dans le flot de confidences spontanées. Mais autrement, le portrait frôle la perfection.

Point d’équilibre est à l’affiche du Clap seulement jusqu’au 21 décembre.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: Point d’équilibre

• Genre: documentaire

• Réalisatrice: Christine Chevarie-Lessard

• Classement: général

• Durée: 1h15

• On aime: l’humanité, le portrait pluriel, les enfants, les petites pointes plus éclatées

• On n’aime pas: les quelques moments où on sent le texte écrit