Place au court: Les gars du Front

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Nul n'est prophète en son pays. Surtout si vous tournez un film sur le mouvement indépendantiste québécois. Le regretté Pierre Falardeau en sait quelque chose. Vous pouvez aussi en parler avec Benjamin Tessier et Jean-Philippe Nadeau-Marcoux. Les gars du Front a été mieux reçu à l'étranger qu'ici...
Les deux réalisateurs de Québec ne font pas de cachettes : ils sont «indépendantistes». Avant même leur troisième court ensemble, ils avaient tourné Le camarade (2013), inspiré du destin de Jean Corbo et du poème que Gaston Miron lui a consacré (Mathieu Denis a réalisé Corbo, un long sur le même sujet, en 2015).
Pour Les gars du Front, ils se sont intéressés à la naissance du Front de libération du Québec (FLQ) en 1963. Leur film sur la «résistance politique et poétique» met en scène un chômeur désabusé (Pierre-Luc Brillant) et un jeune poète idéaliste (Joé Côté-Rancourt) qui se radicalisent. «C'est une synthèse de plusieurs personnages» de l'époque, indiquent-ils. 
Les deux hommes de 28 ans croient que leur génération a la distance pour «réexaminer l'histoire à travers la fiction». «On fait appel à l'intelligence des spectateurs.»
Le duo dit avoir voulu dépasser l'anecdotique, tout en assumant sa démarche artistique. «On s'est dit : "On va y aller, au front, et assumer les choix qu'on a faits."» Ainsi, la lecture du manifeste «très dur» est tournée comme si les deux révolutionnaires en herbe «l'avaient filmé», avec regards à la caméra, mais aussi «comme s'ils n'avaient pas conscience de ce qu'ils faisaient». Les attentats sont plus suggérés que montrés, mais il «n'était pas question de mettre ça sous le tapis. Ni de les excuser.»
Les gars du Front est tourné dans des lieux clos, la plupart du temps, ce qui amplifie l'impression d'oppression. Les séances d'interrogatoire sont une façon de «mettre à nu» les personnages qu'ils ne voulaient «ni idolâtrer ni diaboliser». 
Les deux réalisateurs ont de la suite dans les idées. Ils travaillent en ce moment sur un long métrage inspiré de Personne ne voudra savoir ton nom, de François Schirm, un ex-légionnaire français qui va devenir militant du FLQ... En attendant, place aux Gars du Front.
Les gars du Front, de Benjamin Tessier et Jean-Philippe Nadeau-Marcoux, avec Pierre-Luc Brillant et Joé Côté-Rancourt.