À travers l’enfance de Félix Leclerc, Pieds nus dans l’aube (avec Julien Leclerc et Justin Leyrolles-Bouchard) pose un regard sur le Québec rural de l’entre-deux-guerres.

Pieds nus dans l'aube: l'école de la vie ***

CRITIQUE / Pieds nus dans l’aube est le film événement de l’automne au cinéma québécois. D’abord parce qu’il s’agit de l’adaptation du premier roman du grand Félix Leclerc (1914-1988), ensuite parce que Francis Leclerc a, évidemment, une relation particulière à l’œuvre de son père. Son long métrage aurait pu tomber dans la mièvrerie, il n’en est rien. Il signe une chronique douce-amère sur le bonheur tranquille de l’innocence et les (parfois) difficiles apprentissages à l’école de la vie.

Pieds nus dans l’aube est un récit initiatique tout ce qu’il y a de classique. Il s’agit d’une libre adaptation, coscénarisée avec Fred Pellerin (Babine). Ils en ont toutefois gardé l’essentiel, soit le regard que pose Félix (Justin Leyrolles-Bouchard), 12 ans, sur ce Québec rural de la fin des années 1920, où les familles sont encore nombreuses et la religion, omniprésente. Le garçon devra quitter sa famille bien-aimée de La Tuque, à la fin de l’été, pour étudier au collège classique à Ottawa. 

Mais avant, il va se lier à Fidor (Julien Leclerc) et ainsi découvrir une pauvreté qu’il ne soupçonne pas. Félix sera aussi confronté à l’amour, à la mort et aux aléas de la vie — les scènes du souper chez les riches bourgeois anglais sont très révélatrices du nationalisme du poète plus tard. Outre cette amitié, que les deux protagonistes savent sans lendemain, le film est traversé par cette relation père-fils très forte entre Léo et Félix. Comme d’habitude, le magnétisme de Roy Dupuis, en paternel droit et intègre dans un rôle très physique, commande l’attention.

Mais il n’est pas le seul. Guy Thauvette et Robert Lepage ont de fortes présences. Lepage, en oncle bienveillant et lettré, est tout simplement époustouflant — on oublie parfois à quel point l’homme de théâtre est un acteur doué. Le naturel du petit Leclerc impressionne aussi — il est la révélation du long métrage, plus que Justin Leyrolles-Bouchard, dont le rôle, il est vrai, est beaucoup plus pensif.

Dans ce récit, Francis Leclerc devait aussi réussir à magnifier la nature sauvage, ce qu’il réussit à merveille. Il y a d’ailleurs beaucoup de scène en extérieurs. Sa réalisation démontre son sens de la composition des plans et son souci du détail. Mais, surtout, il réussit à convier le tourbillon d’émotions qui secouent Félix en insistant sur les regards, sans rien plaquer. 

Évidemment, le principal intérêt de Pieds nus dans l’aube réside dans le fait qu’il s’agit d’un récit autobiographique, porté par la plume magnifique de Félix — les dialogues sont exceptionnels. Ce serait moins le cas s’il s’agissait d’un garçon anonyme. Il faut aussi aimer les films d’époque et ne pas être rébarbatif à un rythme lent et contemplatif.

À ce chapitre, il faut souligner la grande réussite que représente la recréation du Québec rural de l’entre-deux-guerres. Très impressionnant sur le plan de la reconstitution, jusque dans ces billots de la drave qui flottent dans l’eau. Il faut aussi mentionner une scène particulièrement marquante impliquant un cheval, d’une forte puissance émotionnelle. 

Ce qui n’est pas toujours le cas dans ce film où Francis Leclerc verse, parfois, un peu dans le mélo. Les moments rigolos sont beaucoup plus réussis. Reste que si le cinéaste nous avait parfois présenté une réalisation plus osée sur le plan esthétique, notamment le très réussi Mémoires affectives (2004), il n’a pas à rougir de cette adaptation des mémoires de jeunesse de son célèbre père.

Il prouve encore une fois que la pomme n’est pas tombée bien loin de l’arbre sur le plan narratif. Compte tenu du stress que représentait le défi, c’est tout à son honneur.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: Pieds nus dans l’aube
  • Genre: drame historique
  • Réalisateur: Francis Leclerc
  • Acteurs: Justin Leyrolles-Bouchard, Roy Dupuis, Julien Leclerc
  • Classement: général
  • Durée: 1h54
  • On aime: la composition visuelle, les fortes performances d’acteurs 
  • On n’aime pas: le ton parfois un peu mélo