Paul (Matt Damon) et son excentrique voisin (Christoph Waltz) vivent dans un monde où les humains mesurent 12 centimètres dans Petit format.

Petit format: qui trop embrasse mal étreint ***

CRITIQUE / Petit format (Downsizing) devait placer encore une fois Alexander Payne dans la course aux Oscars (cinq nominations comme réalisateur ou scénariste). D’autant que sa comédie satirique aux allures dystopiques repose sur des prémisses sociales et environnementales intéressantes et pertinentes. Malheureusement, le réalisateur de Sideways (2004) se disperse et embrasse trop large sans véritablement arriver à conclure.

Le long métrage débute avec une trop longue mise en place, comme si Payne voulait donner un véritable lustre scientifique à sa proposition. À savoir : des chercheurs norvégiens réussissent à réduire l’être humain à une taille de 12 centimètres. Un atout sur le plan écologique puisque l’empreinte environnementale est toute petite.

Mais comme Paul (Matt Damon) et Audrey Safranek (Kristen Wiig), la grande majorité des candidats à la réduction ne le font pas pour sauver la planète des désastres appréhendés, mais pour l’argent. Une fois petits, leurs avoirs sont décuplés par 1000 $.

Voici donc notre couple blanc moyen en route pour cet éden miniature qui leur promet la société des loisirs (mais qui reproduit le modèle de société à deux vitesses des «grands»). Sauf que ça ne se passe pas tout à fait comme prévu. À son réveil de l’opération irréversible, Paul se rend compte que sa femme s’est défilée.

Un divorce plus tard, voici cet homme depuis toujours victime des circonstances forcé de se réinventer aux côtés de Dusan Mirkovic (Christoph Waltz), son excentrique voisin serbe contrebandier à ses heures, et Ngoc Lan Tran (Hong Chau), une activiste réduite contre son gré par le gouvernement vietnamien en raison de sa dissidence…

Le personnage volontairement fade de Paul paraît encore plus beige comparé aux feux d’artifices des deux acteurs de soutien, qui s’en donnent à cœur joie avec leurs personnages. Waltz et Chau permettent de maintenir à flot un bateau qui prend l’eau avec leurs performances éclatantes.

Pas compliqué, Payne a tellement de fers au feu qu’il ne sait plus dans quel ordre il doit les forger. La trame sonore invasive et insupportable n’arrange rien.

N’empêche. Le spectateur est séduit par l’originalité du propos et sa propension à nous réserver quantité de surprises. Mais il ressent une frustration devant la difficulté de Payne et de son co-scénariste Jim Taylor à concrétiser leurs idées. Même la générale : dans sa forme actuelle, l’humanité court à sa perte.

Outre quelques belles séquences, la réalisation de Payne (Monsieur Schmidt, Nebraska) manque singulièrement de personnalité. Comme si le cinéaste avait été dépassé par l’ampleur de la production, lui qui tourne habituellement des projets beaucoup plus… petits.

Il s’agit de sa signature et de son univers, nul doute. Les Safranek habitent Omaha, sa ville natale. Le ton corrosif envers les travers de la société étatsunienne demeure. De même que sa propension à passer dans le tordeur l’aspect pathétique et consumériste du Nord-Américain moyen.

Mais Payne aurait eu intérêt à élaguer. Notamment dans la dernière partie, un peu ridicule, dont le seul intérêt est de se dérouler dans les superbes fjords de Norvège. Au moins, les scénaristes ont l’autodérision de reconnaître l’aspect invraisemblable de la situation.

Payne étant Payne, Petit format sort du lot. Mais on s’attendait à mieux que ce film mal ficelé.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: Petit format
  • Genre: comédie satirique
  • Réalisateur: Alexander Payne
  • Acteurs: Matt Damon, Christoph Waltz, Hong Chau
  • Classement: général
  • Durée: 2h15
  • On aime: l’originalité du propos. Les performances éclatantes de Waltz et de Chau
  • On n’aime pas: la dispersion. L’insupportable trame sonore