Kristen Stewart dans Personal Shopper

Personal Shopper: même pas peur... **

CRITIQUE / On était ravi que Xavier Dolan remporte le Grand Prix de la 69e présentation du Festival de Cannes. Ça ne m'a pas empêché de trouver qu'il s'agissait d'un palmarès bizarre et marqué par les compromis. Dont ce Prix de la mise en scène, ex aequo, décerné sous les sifflets à Olivier Assayas pour Personal Shopper. Avec raison : il s'agit d'une oeuvre complètement décousue, doublé d'une vacuité ahurissante.
Remarquez, la réaction n'était guère surprenante. Quelques jours plus tôt, la projection de presse de ce film de peur «sérieux» plutôt ridicule s'était terminée sous les huées... Bien que, pour être honnête, une partie de la critique française a beaucoup intellectualisé la démarche du cinéaste d'Irma Vep (1996) pour le porter aux nues.
Notamment dans sa façon de filmer «amoureusement» Kristen Stewart, qui joue le rôle de cette jeune femme qui tente désespérément d'entrer en contact avec son jumeau décédé. Vrai qu'Assayas porte une attention particulière à l'actrice de Twilight, qui a sérieusement requinqué sa réputation avec une suite de films d'auteur. La paire avait d'ailleurs collaboré sur Sils Maria, aussi en compétition à Cannes en 2014. Mais ça ne fait pas de Personal Shopper un film pour autant.
Donc Stewart joue Maureen, une Américaine qui gagne sa vie à Paris en étant l'acheteuse personnelle d'une célébrité. Elle n'aime pas vraiment son boulot, mais elle reste dans la Ville lumière dans l'espoir que se manifeste l'esprit de son frère Lewis. La jeune femme, médium incertaine, recevra bientôt d'inquiétants textos d'un esprit frappeur. J'ai bien ri.
Après avoir essayé, pendant une heure fastidieuse, de concocter un Poltergeist à la sauce des années 2010, Assayas tente de faire un Hitchcock de lui (un cinéaste qu'il admire). Et réussit seulement à se couvrir de ridicule. On vous laisse découvrir, ou pas, la référence surlignée à un grand classique du maître du suspense.
Bien sûr, le prix de la mise en scène n'est pas tombé de nulle part : on peut admirer son immense talent à la réalisation, la façon notamment dont il multiplie les mouvements de caméra élaborés et utilise les trucs du genre. Le Français est doué, on le sait. Mais, ici, il s'agit de poudre aux yeux. Et son scénario évacue totalement la dimension spirituelle liée au deuil pour tomber dans les pires clichés du spiritisme. Autant de superficialité, qu'il tente d'ailleurs maladroitement de dénoncer, est consternant.
Après un rôle de soutien dans Sils Maria auprès de Juliette Binoche, film plutôt manqué lui aussi, Kristen Stewart revient dans le rôle de la muse : sa Maureen est de pratiquement tous les plans. On se demande ce qu'elle est allée faire dans cette galère - l'interprète offre une bonne performance, dans les circonstances, mais elle ne peut sauver Personal Shopper du désastre. D'autant que tout ça finit dans un grand truc mystique et avec une pirouette indigne du réalisateur.
Malgré le prix à Cannes, la renommée du réalisateur et, surtout, celle de Stewart, Personal Shopper a fait un bide en France avec moins de 100 000 entrées. Vous êtes prévenus, faites pas le saut.
Au générique
Cote: **
Titre: Personal Shopper 
Genre: drame
Réalisateur: Mathieu L. Denis, Simon Lavoie
Acteurs: Kristen Stewart, Anders Danielsen Lie et Lars Eidinger
Classement: général
Durée: 1h45
On aime: la réalisation élaborée
On n'aime pas: la vacuité du propos, le scénario décousu, le ridicule de la dernière partie