Patrick Huard et Colm Feore

Patrick Huard et Colm Feore: frères d'armes

Patrick Huard et Colm Feore reprennent au cinéma leurs célèbres rôles respectifs de David Bouchard et Martin Ward, 11 ans après le phénoménal succès de Bon cop, Bad cop (BCBC). Pour ces nouvelles péripéties, qui tournent autour d'un réseau de voleurs de voitures avec un plan machiavélique, Le Soleil s'est assis avec les deux acteurs à Québec mercredi pour une entrevue-miroir détendue et complice, à l'image du lien qui les unit.
Les policiers David Bouchard et Martin Ward reprennent du service 11 ans après le phénoménal succès de <i>Bon cop, Bad cop.</i>
Patrick Huard
Patrick Huard, veston bleu électrique et cheveux blancs, reprend son rôle de policier rebelle et tête brulée, mais il agit aussi à titre de producteur et de scénariste. Ses nombreuses obligations professionnelles, tant au cinéma où il a joué pour Dolan (Mommy), Falardeau (Guibord s'en va-t-en guerre) et Scott (Starbuck), qu'au petit écran (Taxi 0-22), expliquent le délai entre les deux longs métrages. Le rire n'est jamais loin avec l'homme de 48 ans, mais il ne déconne pas trop : de toute évidence, il prend le succès du film à coeur.
Q Est-ce qu'il y a eu des hésitations à reprendre le rôle?
R J'avais une seule crainte : l'aspect physique des personnages. Onze ans plus tard, est-ce qu'on va être aussi cool? On va-tu avoir l'air de vieux qui essaient d'être jeunes? Etc. Le secret a été de ne pas nier notre âge. C'est assumé dans l'histoire, dans les personnages, les looks. Et je pense que ça fonctionne bien.
Q Le film insiste beaucoup moins sur la dualité Québec-Canada. Est-ce que c'était une volonté de faire quelque chose de différent ou le reflet de la situation politique actuelle?
R Les deux. Je crois qu'on est rendu ailleurs. Mais, aussi, je n'avais pas envie de faire les mêmes gags. Au lieu que ce soit le langage et les individus, les gags se situent plus entre la GRC et la SQ. C'est de jouer un peu sur notre petit complexe : [la SQ], c'est l'entité policière que personne ne comprend dans le film. J'avais envie que la dualité soit avec les Américains, qu'on se trouve une tête de Turc commune.
Q Nos voisins du Sud, avez-vous volontairement grossi le trait ou le regard est assez juste?
R C'est une comédie (rires). C'est un condensé où on se fout de leur gueule. Mais il y a des choses qui sont assez proches de la réalité. S'il y a un seul message dans BCBC, c'est celui de l'ouverture. Ceux qui en prennent pour leur rhume, c'est ceux qui sont un peu moins ouverts d'esprit. C'est voulu. Mais c'est fou comme la vraie vie a rattrapé le scénario. Peut-être qu'il y a certains Américains qui trouveraient ça drôle (rires).
Q Depuis le premier film, la situation du cinéma a beaucoup changé. Est-ce possible d'obtenir un succès aussi éclatant (record du box-office canadien avec 12,2 millions $), toutes proportions gardées?
R On peut essayer. C'est ce qu'on fait. On essaie de leur offrir quelque chose qui va leur donner le goût d'y aller en groupe. Une comédie, c'est tellement plus le fun en gang. C'est contagieux. 
Q Quel est le rôle de votre carrière et pourquoi?
R David Bouchard. J'y ai mis, particulièrement dans le deuxiè-me film, tout ce que j'ai appris à faire, autant le jeu physique que j'ai toujours aimé, autant les cascades que l'humour. Je trouve qu'il y a une façon moderne de faire du slapstick [l'humour basé sur la violence physique exagérée], que j'adorais quand j'étais jeune. J'adore faire ça et j'en ai mis. On joue dans les deux langues, il y a de la comédie, des scènes un peu plus dramatiques... De toute façon, pour avoir un rôle comme ça, il faut presque se l'écrire (rires). Ça arrive très peu souvent. C'est un privilège. 
Q Comédie ou drame?
R J'ai une affection particulière pour l'humour. Mais j'ai toujours prétendu que l'humour ne pouvait être basé que sur des émotions. Il y a dans l'humour la même palette que dans le drame. Tu te donnes un niveau de difficulté supérieur. Tu dois faire vivre la même émotion aux gens. Et ça paraît tout de suite s'ils ne trouvent pas ça drôle. Et l'inverse est aussi vrai : si tu as ri, tu ne peux pas me dire que tu n'as pas trouvé ça drôle. 
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Questions éclair à Patrick Huart
Montréal ou Toronto?
Gaspésie (rires). Le rythme des villes est beaucoup trop rapide.
Scotch ou bière?
Scotch
Denis Villeneuve ou David Cronenberg?
Très bonne question. Deux cinéastes que j'aime beaucoup, pour des questions différentes. Villeneuve.
Hockey ou baseball?
Hockey
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Patrick Huart et Colm Feore dans une scène de <i>Bon cop, Bad cop 2</i>
Colm Feore
Colm Feore, veston brun et calvitie naissante, se glisse à nouveau dans la peau de son policier un peu coincé et à cheval sur les principes. L'acteur torontois n'a pas chômé depuis le premier opus, jouant autant à la télé (24, Les Borgias) que dans les superproductions hollywoodiennes (Thor, Jack Ryan : recrue dans l'ombre), sans délaisser le cinéma d'auteur (Elephant Song de Binamé) et le théâtre. Très à l'aise en français, volubile, il a aussi un sens de la répartie redoutable. Son enthousiasme pour ce film est loin d'être feint.
Q Est-ce qu'il y a eu des hésitations à reprendre le rôle?
R Jamais. Le rôle était plus riche, profond et intéressant. La maturité [du personnage] me donnait un aspect plus relax. Après 40 ans dans ce métier, je sais quoi faire, ça va être du bon travail, un plateau joyeux. C'était facile de dire oui à ça.
Q Le film insiste beaucoup moins sur la dualité Québec-Canada. Est-ce que ça reflète la situation politique actuelle?
R [...] Il y a encore des différences dans ce film, des effets culturels que mon personnage manque, son français s'est amélioré, mais il en échappe encore. Ce sont les individus qui sont différents. C'est comme si on avait brassé un jeu de cartes.
Q Nos voisins du Sud, avez-vous volontairement grossi le trait ou le regard est assez juste?
R Je ne me rappelle pas d'un film anglo-canadien qui traite de ce sujet parce qu'ils ont tous envie que leurs films aient une forme de reconnaissance aux États-Unis. Nous, on s'en fout (rires). Ce n'est même pas grossi, c'est notre perception à l'intérieur du Canada d'un océan à l'autre. Il y a une espèce d'arrogance et d'ignorance [chez les Américains] qui nous emmerde. 
Q Depuis le premier film, la situation du cinéma a beaucoup changé. Est-ce possible d'obtenir un succès aussi éclatant, toutes proportions gardées?
R On ne sait jamais. Je suis encouragé par l'appui des gens ces dernières semaines. [Aux avant-premières], les gens nous racontaient leurs histoires, leur mythologie de Bon cop, Bad cop. Ça me donne espoir. Mais vous avez raison. C'est vraiment différent depuis 10 ans : Netflix, les jeunes qui écoutent des séries sur leur téléphone... Je ne sais pas. Il faut y aller en groupe et partager tout ça. C'est plus drôle et plus touchant avec 1000 personnes. Il faut que notre film encourage les gens à retourner au cinéma.
Q Quel est le rôle de votre carrière et pourquoi?
R Au cinéma, c'est Martin Ward. Nul doute. C'est le sommet de ce que j'ai fait et que je sais faire. J'ai tout mis dans ce rôle. Je sais quoi faire. Ça me donne de la confiance. Évidemment, Patrick m'a poussé avec son scénario et son rôle. Quand on joue, c'est comme Nadal et Federer. [...] Avec ce deuxième film, impossible de décoller entre Colm et Martin. C'est flou. Martin a un peu bâti sur moi pour le premier. C'est encore plus vrai [cette fois]. Je savais que Patrick m'avait en tête lorsqu'il écrivait : «Colm va faire ça.» Et je vais lui faire, un peu comme Pinocchio et Geppetto. (rires)
Q Comédie ou drame?
R Je viens de Shakespeare, donc les deux en même temps. Ma fondation est au théâtre. Avant ce film, j'ai joué le roi Lear pendant un an [le rôle titre de la pièce du même nom]. Patrick a cette qualité de mélanger tous les genres. C'est ce que Shakespeare a toujours fait : c'est pourquoi les Français ne l'aiment pas, parce qu'ils croient qu'on ne peut pas pleurer et rire en même temps, que la vie n'est pas comme ça. Oui, la vie est comme ça. Exactement comme ça. 
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Questions éclair à Colm Feore
Montréal ou Toronto?
Montréal
Scotch ou bière?
Scotch
Denis Villeneuve ou David Cronenberg?
Villeneuve. Et les deux ne m'ont jamais engagé, fuck them (rires)!
Hockey ou baseball?
Ni un ni l'autre
Bon cop, Bad cop 2 prend l'affiche le 12 mai.