Bien que l'accent soit mis sur la réadaptation de Ben (Pablo Pauly), la galerie de truculents personnages secondaires donne vie à Patients.

Patients: se remettre sur pied ***1/2

CRITIQUE / J'accueillais Patients avec une certaine réserve en sachant qu'il s'agissait du premier film de Grand Corps Malade - on ne s'improvise pas cinéaste. Mais Fabien Marsaud, de son vrai nom, a été malin en s'adjoignant Mehdi Idir à la réalisation pour adapter sa propre histoire. La paire propose une comédie dramatique qui démontre autant d'empathie, de sincérité que de sens de la dérision : un beau et très bon moment de cinéma.
Le défi était énorme. Comment rendre irrésistible un long métrage où on voit un gars de 20 ans passer une année dans un centre de rééducation, entouré d'autres types amochés à divers degrés? En insufflant beaucoup d'humour et d'humanisme, et en adoptant une mise en scène à la hauteur des êtres humains qu'on filme.
Patients débute d'ailleurs en caméra subjective, épousant le regard de Ben (Pablo Pauly), cloué à un lit d'hôpital après un grave accident. Le jeune homme est ensuite transféré au centre où il doit digérer le choc de sa quadriplégie partielle. Et composer avec la découverte d'un monde totalement inconnu composé d'autres poqués et du personnel soignant.
Montagnes russes d'émotions
Bien que l'accent soit mis sur la réadaptation de Ben, la galerie de truculents personnages secondaires donne vie à ce film habilement construit. Ses nouveaux amis handicapés sont cloués à un fauteuil roulant ou traumatisé crânien - les blessures sont autant physiques que psychologiques. 
Tous luttent pour regagner leur autonomie, avec des hauts - chaque petit geste devient une victoire - et des bas, nombreux. Tout en s'apprivoisant à coups de blagues, parfois cruelles, et en démontrant une solidarité sans faille. Mais aussi de la frustration quand Ben progresse alors que les autres stagnent. Des montagnes russes d'émotions, quoi. 
Il n'était pas évident de trouver le ton juste. Pour illustrer, par exemple, l'étroite complicité entre Ben et son physiothérapeute. Tout en montrant des scènes d'anthologie avec cet infirmier tonitruant qui s'adresse à son patient à la troisième personne. Très drôle.
En témoignant de ce qu'il a vécu, le slameur français Grand Corps Malade a voulu peindre une réalité qui nous est largement méconnue. Une condition humaine qui change le regard des gens et où la solitude, même bien entouré, est flagrante. Mais aussi peuplée de gens qui préfèrent en rire afin de ne pas sombrer dans la dépression.
Évidemment, l'humour grossier peut finir par être lassant, mais il n'en diminue pas pour autant la sympathie qu'on ressent. D'ailleurs, le film est un peu trop lisse. En voulant éviter le pathos, le duo a refusé d'aborder les aspects les plus sombres de la rééducation. Ils sont parfois à l'arrière-plan, mais Patients aurait gagné en force d'impact si, parfois, ceux-ci s'étaient retrouvés à l'avant-plan. Quant à l'intrigue amoureuse entre Ben et Samia (Nailia Harzoune), elle n'apporte rien au propos.
Tout au long, les réalisateurs placent la caméra à une distance respectueuse, misant sur l'incarnation et l'authenticité. Chapeau d'ailleurs aux acteurs peu connus qui sont d'une crédibilité renversante, à commencer par Pablo Pauly. Son jeu à fleur de peau rend justice à son personnage.
Mehdi Idir réalise les clips de Grand Corps Malade. Il a mis à profit son expérience pour proposer quelques ellipses à l'avenant, habilement réussies pour faire progresser le récit avec des propositions esthétiques significatives.
Lorsque Patients se conclut par un regard à la caméra, on a bouclé la boucle du parcours du combattant de Ben dans le centre. Une nouvelle vie parsemée d'incertitudes l'attend. Comme chacun de nous, finalement.
Au générique
Cote: ***1/2
Titre: Patients
Genre: comédie dramatique
Réalisateurs: Grand Corps Malade et Mehdi Idir
Acteurs: Pablo Pauly, Soufiane Guerrab et Moussa Mansaly
Classement: général
Durée: 1h50
On aime: le ton humoristique, la réalisation adéquate, l'humanisme du propos
On n'aime pas: un certain essoufflement en deuxième partie; un peu trop lisse