Film singulier, intemporel, insolite et en dehors des effets de mode, Paterson, avec Adam Driver et Golshifteh Farahani, illustre à merveille le mystère de l'inspiration artistique.

Paterson: poésie sur roues ****

CRITIQUE / Je manque assurément de distance quand il s'agit de Jim Jarmusch. N'empêche. Son Paterson était l'un des plus beaux films de la compétition au Festival de Cannes l'an passé. Un long métrage urbain aérien et épuré, porté par l'interprétation transcendante d'Adam Driver. Oui, c'est lent et il ne se passe pas grand-chose. Mais il s'agit d'un magnifique poème minimaliste, du cinéma réduit à son expression la plus pure.
Le réalisateur américain a un style particulier, misant sur des travellings lents; une caméra attentive, qui souvent, ici, épouse le regard du protagoniste principal, Paterson (Driver); des citations visuelles; des personnages décalés... 
Mais aussi un humour pince-sans-rire, qui frise l'absurde et qui s'exprime tant visuellement que dans les dialogues. Comme le «Traduire la poésie, c'est comme prendre sa douche en imperméable» que lance Paterson à un Japonais (Masatoshi Nawase), qui lit un ouvrage traduit de William Carlos Williams.
Paterson, donc. Un chauffeur d'autobus qui vit à... Paterson, New Jersey! Le prototype du bon gars se lève tous les jours à 6h30, suit la même routine, jusque dans les rues qu'il parcourt en boucle en conduisant. Tout en consignant soigneusement dans son carnet secret des bribes de poésie qu'il garde pour lui.
Son doux rêveur trouve réconfort dans la monotonie. Ce que Jarmusch illustre, sans que ce ne soit jamais fastidieux, en le suivant pendant une semaine. Le réalisateur américain cherche plutôt à développer un effet de répétition qui permet un grand sentiment de proximité avec le spectateur. Ce qui sert à merveille l'humour en clin d'oeil, surtout avec Marvin, le tyrannique bouledogue de Paterson, et sa copine, aussi originale et excentrique que lui peut être introverti. 
Le contraste avec Laura (l'actrice et musicienne Golshifteh Farahani) n'en est que plus saisissant. Débordante de créativité, l'artiste au foyer passe son temps à redécorer de façon presque obsessive le logis et ses vêtements de cercles noir et blanc (jusque dans les pâtisseries!). À ce propos, la direction artistique de Mark Friedberg est totalement hallucinante : un pur ravissement pour l'oeil.
L'air de rien, le très zen Paterson illustre à merveille le mystère de l'inspiration artistique. Tant celle du cinéaste que de ses protagonistes. Il s'agit d'un film singulier, intemporel, insolite et en dehors des effets de mode.
Il ne pouvait trouver meilleur interprète qu'Adam Driver, le Kylo Ren de Star Wars, mais aussi l'interprète des Coen, de Noah Baumbach et de Scorsese. Il aurait dû remporter le Prix d'interprétation à Cannes tellement sa composition subtile et à fleur de peau est d'une époustouflante justesse. On lui a malheureusement préféré Shahab Hosseini (qui est, j'avoue, très bon dans Le client d'Asghar Farhadi).
Paterson, qui marquait la 11e présence de Jarmusch à Cannes, démontre encore une fois la pertinence du dernier des réalisateurs indépendants. Il est à ranger dans la même catégorie d'oeuvres que Mystery Train (1989) et Night on Earth (1991).
Au générique
Cote:  ****
Titre: Paterson
Genre: drame
Réalisateur: Jim Jarmusch
Acteurs: Adam Driver et Golshifteh Farahani
Classement: général
Durée: 1h58
On aime: le ton, la réalisation épurée, la justesse de l'interprétation, la direction artistique
On n'aime pas: -
Vous voulez y aller?
Paterson
Vendredi 7 avril, 20 h 30
Maison du cinéma de Sherbrooke