Oscars: cafouillis total pour le meilleur film

L'arrivée de Denis Villeneuve n'a pas fait chou blanc lors de la 89e soirée des Oscars, qui a couronné, comme prévu, Pour l'amour d'Hollywood (La La Land) avec six prix, dont meilleur réalisateur et actrice. Il a toutefois échoué à obtenir celui du meilleur film, d'abord annoncé, puis remis après un cafouillage incroyable (les détails plus loin dans l'article) à l'excellent Moonlight de Barry Jenkins, qui repart avec trois prix! Le long métrage du réalisateur québécois a obtenu pour sa part une des précieuses statuettes décernées dimanche soir.
La trop longue cérémonie animée par Jimmy Kimmel a été ponctuée par quelques déclarations politiques condamnant le climat de peur et de répression de la présidence américaine.
À 32 ans, Damien Chazelle est devenu le plus jeune réalisateur de l'histoire à remporter l'honneur suprême avec Pour l'amour d'Hollywood. Emma Stone, à 28 ans, n'a pas battu de record, mais son éclatante performance a été justement récompensée par l'Oscar de la meilleure actrice. «Un moment comme celui-là est une confluence de chance et d'opportunité», a-t-elle déclaré.
Son partenaire, le Canadien Ryan Gosling, n'a pas connu la même fortune. C'est Casey Affleck, stupéfiant dans Manchester by the Sea, qui a prévalu, avec raison.
Sylvain Bellemare a donc pu adresser quelques mots en français («Salut Montréal!») au moment de recevoir son Oscar pour le montage sonore. Le Québécois, qui a travaillé sur une centaine de films avant L'arrivée, avait déjà gagné un BAFTA (l'Oscar britannique) avec ses collègues Bernard Gariépy Strobl et Claude La Haye. Ceux-ci ont toutefois échappé la statuette du mixage sonore aux mains de Hacksaw Ridge. Kevin O'Connell était certainement un des plus heureux récipiendaires de la soirée: il s'agissait de sa 21e nomination!
L'arrivée aurait pu, en théorie, obtenir l'Oscar de la meilleure adaptation. Mais Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney méritaient tellement la récompense pour leur travail sur le touchant et original Moonlight. Quel film!
Le Montréalais Theodore Ushev n'a pas eu plus de chance pour la catégorie du meilleur court d'animation. Petite consolation, Vaysha l'aveugle a perdu aux mains de Piper, réalisé par le Canadien Allan Barillaro.
Pas de record
Pour l'amour d'Hollywood n'aura donc pu battre le record de 11 Oscars, détenu par Ben-HurTitanic et Le retour du roi du Seigneur des anneaux, malgré ses 14 nominations. Le scénario du scénario original a d'ailleurs échappé à Damian Chazelle. C'est le très beau et humain script de Kenneth Lonergan qui a prévalu pour Manchester by the Sea.
La soirée a commencé avec un numéro énergique et dansant de Justin Timberlake, qui a interprété Can't Stop the Feeling, la chanson-thème des Trolls (2016). Très approprié. Surtout que Jimmy Kimmel a fait une entrée remarquée avec son discours d'ouverture, subtil, mais très direct. Des remarques sur la discrimination, le racisme et une demande d'ovation pour l'actrice «surestimée» qu'est Meryl Streep ont été autant de jabs à Donald Trump. Sans parler des allusions aux «fake news»...
Les allusions politiques ne faisaient que commencer. Les artisans du maquillage de L'escadron suicide ont dédié leur trophée à tous les immigrants. Mais aucune n'avait l'impact du discours d'Asghar Farhadi après sa victoire dans la très relevée catégorie du film en langue étrangère.
Le réalisateur du Client, qui a boycotté la cérémonie en raison du tristement célèbre décret anti-immigration de Donald Trump, a réitéré que son absence était un geste de solidarité pour ses compatriotes et les gens des six autres pays «discriminés par cette loi inhumaine qui bannit les immigrants d'entrer aux États-Unis. Diviser le monde entre le nous et nos ennemis crée de la peur.» Il s'agissait de son deuxième Oscar après Une séparation (2012).
Dans le même ordre d'idées, l'Oscar du meilleur court documentaire est allé à Orlando von Einsiedel et Joanna Natasegara pour leur film sur les casques blancs syriens. «Sauver une vie est sauver l'humanité», ont-ils souligné.
Début en beauté
Côté récompenses, la cérémonie a commencé en beauté avec le premier Oscar pour l'acteur de soutien remis à Mahershala Ali, absolument bouleversant dans Moonlight. Ironiquement, il s'agissait du premier acteur musulman à remporter la statuette...
C'était aussi la première fois de l'histoire des Oscars que des Afro-Américains étaient en nomination dans les quatre catégories d'acteurs. Logiquement, Viola Davis a remporté le prix de l'actrice de soutien. Son incroyable performance dans Fences n'avait d'égal que de son touchant discours de remerciement. «Je suis devenue une artiste parce que c'est la seule profession qui célèbre ce que signifie vivre une vie», a-t-elle souligné en saluant le dramaturge August Wilson pour avoir raconté la vie de gens ordinaires.
Comme d'habitude, la cérémonie des Oscars s'est étirée jusqu'à plus soif. Les bons moments, nombreux, n'ont pas réussi à sauver la soirée de 3h45 de l'ennui... Même pas la fin.
Erreur d'enveloppe
Moonlight a été sacré meilleur film après une gaffe historique, qui a d'abord donné par erreur la plus prestigieuse des récompenses du cinéma au grand favori La La Land.
Fiasco épique pour cette cérémonie d'ordinaire si rodée, l'actrice légendaire Faye Dunaway, au côté de Warren Beatty, a lu le mauvais nom de film sur la scène du Dolby Theatre dimanche.
Toute l'équipe de la comédie musicale La La Land est montée sur le podium et les producteurs ont commencé leurs remerciements avant qu'on vienne les prévenir que le gagnant était en réalité Moonlight.
«Il y a une erreur, Moonlight, c'est vous qui avez gagné le prix du meilleur film», a expliqué l'une des personnes sur la scène brandissant le carton et son enveloppe rouge.
L'un des producteurs de La La Land, avec classe, a dit qu'il était honoré de donner la statuette qu'il avait crue sienne à ses «amis de Moonlight».
«C'est très malheureux ce qui vient de ce passer» a déclaré l'animateur Jimmy Kimmel, mi-figue mi-raisin, pendant que la confusion régnait sur la scène du Dolby Theatre, où les équipes des deux films s'étreignaient pendant que l'une descendait et l'autre montait.
Warren Beatty a ensuite expliqué sur scène que le carton qu'il avait lu portait la mention «Emma Stone, La La Land», ce que Jimmy Kimmel a ensuite confirmé.
Le cabinet d'audit chargé de la remise des trophées aux Oscars a présenté lundi ses excuses pour cette erreur monumentale.
«Les présentateurs se sont vus remettre la mauvaise enveloppe et quand l'erreur a été découverte, elle a été immédiatement corrigée», a affirmé PriceWaterhouseCoopers dans un communiqué.
Avec AFP