Parasite
Parasite

Notre meilleur du cinéma international en 2019

Voici donc le moment de revenir sur les 10 films, toutes catégories, qui m’ont le plus interpellé ou fait vibrer, réfléchir, rire, pleurer; bref, qui m’ont fait sentir vivant. Une seule règle : le long métrage doit avoir pris l’affiche dans un cinéma de Québec en 2019. Ce qui explique l’absence de Marriage Story, Uncut Gems et The Irishman, diffusés sur Netflix, mais aussi celle des Misérables, d’Une vie cachée ou de 1917, qui prennent l’affiche en janvier.

Parasite, Bong Joon-ho (Corée du Sud)

Ayant retenu la fable satirique de Bong Joon-ho dans les films de la décennie, il était logique qu’il se retrouve tout en haut du palmarès. La Palme d’or 2019 au Festival de Cannes en révèle beaucoup sur la nature de nos sociétés — ce qui s’y passe en Corée du Sud se transpose facilement ici. Mais c’est d’abord un film brillamment réalisé, qui s’amorce comme une comédie de mœurs, puis bascule peu à peu dans le drame, voire l’horreur. Avec une finale extrêmement touchante. Chapeau bas.

Si Beale Street pouvait parler

Si Beale Street pouvait parler, Barry Jenkins (États-Unis)

Barry Jenkins est devenu en 2016 le deuxième noir à remporter l’Oscar du meilleur film pour Moonlight. La barre était haute pour son successeur et il l’a franchie avec grâce. Son magnifique drame sur le destin d’un couple séparé par une incarcération injustifiée évoque ce qu’il y a de plus beau en ce monde (l’amour) et de plus laid (le racisme systémique) dans un récit magistralement construit, porté par une grâce de tous les instants. Avec Beale Street…, Jenkins peaufine son art cinématographique de main de maître.

Le dernier homme noir de San Francisco, Joe Talbot (États-Unis)

Malgré qu’il soit blanc, Joe Talbot marche dans les pas de Jenkins avec ce long métrage magistral qui emprunte au réalisme magique. Le titre fait référence à l’embourgeoisement généralisé des villes qui repoussent ses pauvres le plus loin possible. Un drame pour un jeune homme qui a perdu ses repères, mais qui garde la tête hors de l’eau grâce à une amitié hors-norme. Superbement interprété et réalisé, il a remporté deux prix à Sundance.

Grâce à Dieu

Grâce à Dieu, François Ozon (France)

Grand prix du jury à Berlin en début d’année, l’implacable drame engagé d’Ozon raconte avec conviction les gestes pédophiles répétés d’un prêtre français qui a fait quelque 70 victimes, mais aussi comment le haut clergé a détourné le regard pendant des années. Une démonstration imparable qui donne froid dans le dos et avec un dernier acte profondément bouleversant. Grâce à Dieu est un film nécessaire qui, souhaitons-le, va sans cesse continuer à éveiller des consciences.

Il était une fois à Hollywood

Il était une fois à Hollywood, Quentin Tarantino (États-Unis)

Le long métrage le plus attendu au Festival de Cannes n’a pas déçu malgré ses défauts : du Tarantino pur jus. Il s’agit d’une véritable déclaration d’amour au cinéma, une ambitieuse comédie noire, magnifiquement filmée, qui peut compter sur un duo de choc en Leonardo DiCaprio et Brad Pitt, au sommet de leur art. On pardonne au réalisateur le lent début tellement le reste procure un plaisir jubilatoire. Du bonbon.

Waves, Trey Edward Shults (États-Unis)

Shults a attiré beaucoup d’attention avec Lorsque tombe la nuit (2017). Encore plus cette fois avec un audacieux drame, livrant une intense expérience cinématographique prenant la forme d’un maelstrom qui aspire une famille dans un tourbillon d’émotions où se côtoient chagrin, douleur, pardon, guérison, à la suite d’une tragédie. En partie autobiographique, Waves part de l’intime pour atteindre l’universel. Tout le monde peut s’identifier à cette descente aux enfers qui entraîne le fils aîné d’une famille soudée et tout à fait normale. Jusqu’à ce que...

Joker

Joker, Todd Phillips (États-Unis)

Joker a amorcé sa carrière avec le Lion d’or de la Mostra de Venise. Et devrait la poursuivre aux Oscars, du moins pour le fabuleux Joaquin Phoenix dans le rôle-titre. Mais l’Académie osera-t-elle aller plus loin avec cette œuvre troublante qui dénonce avec force le traitement inhumain des laissés pour compte, surtout ceux souffrant d’une maladie mentale? Qui démontre comment la révolte peut se nourrir des inégalités sociales, de l’arrogance, du mépris et de la condescendance des 1 % envers le reste de la population? Peu importe. Ça demeure un des meilleurs films de l’année.

Nous

Nous, Jordan Peele (États-Unis)

Comme Joker, Nous propose une critique implicite du mode de vie nord-américain. Mais plus encore : une réflexion sur la part d’ombre en nous (d’où le titre) et des privilèges liés à la naissance. Après le percutant Get Out, Jordan Peele se sert aussi du film de genre — le suspense d’horreur — pour étayer son message. Avec une mise en scène qui fait référence à Welles, à Kubrick et à Hitchcock. À l’instar de ces maîtres, c’est toutefois la richesse symbolique qui confère sa force à Nous — et lui vaut toute notre admiration. 

Pupille, Jeanne Herry (France)

Il fallait un doigté exceptionnel pour réussir un drame équilibré sur les méandres tortueux de l’adoption. Ce que démontre Jeanne Herry avec un talent hors pair. Pupille est un long métrage sensible, touchant, profondément humain, superbement interprété et magnifiquement filmé. Et qui propose, ce qui est plutôt rare, des personnages attachants, et imparfaits, qui ont l’épaisseur du réel. Un petit bijou! 

La Guerre froide

La guerre froide, Paweł Pawlikowski (Pologne)

Après l’Oscar du meilleur film international avec Ida en 2015, on avait hâte de découvrir la nouvelle œuvre de Pawel Pawlikowski. Le réalisateur propose une histoire d’amour tumultueuse, magnifiée par une photographie noir et blanc d’une beauté à faire pleurer, qui sert de métaphore aux divisions entre les blocs occidentaux et communistes pendant la Guerre froide. Baigné de scènes sublimes et de musique, il offre une tragédie bouleversante dont la finale serre le cœur.

Mentions honorables

  • À couteaux tirés, Rian Johnson
  • Vers les étoiles, James Gray
  • Monos, Alejandro Landes
  • Sofia, Meryem Benm’Barek
  • Jojo Rabbit, Taika Waitit
  • Le phare, Robert Eggers