«Esprit de cantine» fait découvrir le quotidien des gérants et des clients des casse-croûtes.

Nicolas Paquet au cœur des «cabanes à patates»

Chaque printemps, comme les fleurs, elles renaissent le long des routes, en bordure des villages. Les «cabanes à patates», avec leur menu qui fait fi du Guide alimentaire canadien, font partie du paysage rural québécois depuis des lustres.

Le réalisateur Nicolas Paquet a choisi de faire découvrir le quotidien des gérants et clients de ces établissements dans son documentaire Esprit de cantine, en salle vendredi.

«J’ai découvert l’importance des casse-croûtes quand je suis venu m’installer dans le Bas-Saint-Laurent en 2003. Je voyais qu’ils étaient un peu partout. Il se vit là des choses dans lesquelles je me reconnaissais. J’ai constaté à quel point ils faisaient partie de l’identité rurale», explique le documentariste originaire du quartier Neufchâtel, à Québec.


« J’ai constaté à quel point ils faisaient partie de l’identité rurale »
Le documentariste Nicolas Paquet, au sujet des «cabanes à patates»

Pour les besoins de son film, Nicolas Paquet a visité plusieurs établissements, mais a choisi d’en garder deux seulement: Chez Mimi, à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, patelin d’adoption du cinéaste; et Le Connaisseur, à Tadoussac, arrêt obligé des fêtards lors du Festival de la chanson.

Le réalisateur, qui a déjà travaillé en restauration dans la capitale, donne la parole à leurs propriétaires, Mimi et Nathalie (supportée par son mari Stéphane), deux femmes entièrement dévouées à leur commerce. Elles parlent des enjeux de leur boulot, des longues semaines de travail (plus de 60 heures), de la difficulté à composer avec certains règlements municipaux.

La caméra, qui sait se faire discrète, filme les clients, des assidus pour la plupart qui fréquentent ces endroits où règne la joie de vivre. «Il y a un esprit d’authenticité. C’est rare qu’on va là pour épater avec le dernier truc à la mode. On est dans quelque chose de beau et de simple. J’ai croisé des clients qui vont dans les cantines tous les jours. Dans plusieurs villages, ces endroits jouent le rôle joué autrefois par le parvis d’église. Plusieurs personnes y vont pour prendre un café, jaser. Ça comble un vide pour éviter la solitude.»

Nombreux hier, les casse-croûtes le sont moins aujourd’hui, victimes de la difficulté à recruter du personnel ou encore du changement dans les habitudes alimentaires. Le prolongement de certaines autoroutes, qui fait dévier le trafic des villages, pèserait aussi dans la balance. «Les touristes arrêtent moins. Pendant mon reportage, j’en ai vu qui ont fermé parce que la route ne passait plus dans le village. Ça fait une différence entre la viabilité et la faillite.»

Sans être devenu lui-même un accro aux «cabanes à patates», Nicolas Paquet avoue avoir mangé son lot de poutines et de frites en cours de tournage. «J’ai été surpris de constater à quel point on ne se tannait pas. Quand on passe ses journées dans l’odeur de frites, c’est difficile de ne pas en prendre une à la fin de la journée…»