Nadia (Katerine Savard) vit de grosses remises en question alors que se pointe sa retraite d'athlète pour étudier en médecine.
Nadia (Katerine Savard) vit de grosses remises en question alors que se pointe sa retraite d'athlète pour étudier en médecine.

Nadia, Butterfly : Un podium pour Pascal Plante **** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Une sélection pour le Festival de Cannes n’est pas nécessairement un gage d’excellence, mais dans le cas de Nadia, Butterfly les attentes (élevées) se sont avérées comblées. Pascal Plante livre un touchant drame sportif, extrêmement bien tourné et avec un propos original sur le vertige qui saisit les athlètes de pointe au moment de la retraite. Il mérite une place sur notre podium 2020.

Lui-même un ex-athlète visant une participation aux Jeux olympiques, Pascal Plante s’est inspiré de son expérience, tout en proposant une trajectoire éloignée de la sienne.

Nadia (Katerine Savard) s’entraîne pour les JO de Tokyo — un magnifique plan-séquence en travelling sur le bord de la piscine en ouverture nous met tout de suite dans le bain. Il s’agit de sa dernière chance de décrocher une médaille puisque la nageuse veut amorcer des études en médecine.

Ce qui ne vient pas sans remises en question pour cette jeune vingtenaire à la nature tourmentée et mélancolique. Surtout après que soit retombée l’adrénaline du relais avec ses coéquipières. Les remarques de Nadia sur l’égoïsme et l’égocentrisme des athlètes provoquent des malaises… Les petits deuils successifs de la retraite s’avèrent le déclencheur de cette douloureuse introspection.

Nadia, Butterfly se trouve dans la continuité du très beau Les faux tatouages (2018), notamment dans sa volonté d’inscrire une durée propice à la réflexion sur l’écran, tout en assumant une signature plus personnelle, moins référencée.

Malgré ses spectaculaires scènes de natation, Nadia, Butterfly demeure une œuvre intimiste qui se penche sur les états d’âme de sa principale protagoniste. Sans ostentation, avec une belle sensibilité, tout en affichant une volonté de montrer l’envers de la médaille, notamment les longues séances d’étirements, d’exercices et de physiothérapie...

La nuit de débauche de Nadia et de sa coéquipière Marie-Pierre (Ariane Mainville) s’avère encore plus révélatrice : derrière la façade, il y a des êtres avec des désirs (plus ou moins assumés) et des aspirations normales à une vie plus riche et diversifiée. Mais aussi de la honte et de la culpabilité de céder à ses pulsions...

Nadia doit aussi composer avec son entraîneur (Pierre-Yves Cardinal).

Parlant des deux actrices non professionnelles, elles assurent à l’écran. Il y a quelques scènes qui font tiquer, mais leur naturel compense amplement les rares moments où elles surjouent. Un exploit d’autant plus remarquable que Plante préconise de longues prises plutôt qu’un montage hyperactif.

Un état de fait représentatif de la démarche du réalisateur québécois. Sans abandonner ses partis-pris esthétiques, notamment dans l’utilisation du plan-séquence, il a su concilier ceux-ci avec une volonté d’offrir une œuvre accessible, qui va autant séduire le sportif (de salon ou pas) que le cinéphile.

En entrevue, le cinéaste originaire de Québec traçait un parallèle entre son deuxième long métrage et le fabuleux Whiplash (2014) de Damien Chazelle — un autre qui concilie art et accessibilité. Bien que Nadia, Butterfly s’inscrive dans un registre différent, moins frénétique, il démontre avec beaucoup d’acuité à quel point la quête olympique peut avaler tout crû une athlète, au point d’effacer sa personnalité.

Dernière remarque et non la moindre : Pascal Plante fait reposer Nadia, Buttefly sur une nageuse, et ses trois coéquipières, explorant du coup un angle proprement féminin, celui du rapport au corps pour une athlète. Or, il le fait avec une belle sensibilité, sans perdre de vue la nécessité de l’efficacité du récit.

Alors que les femmes sont reléguées à l’arrière-scène médiatique des tribunes sportives, ça prenait un certain culot...

Au générique

Cote : ****

Titre : Nadia, Buttefly

Genre : Drame sportif

Réalisateur : Pascal Plante

Acteurs : Katerine Savard, Ariane Mainville, Pierre-Yves Cardinal

Durée : 1h47