Moonlight nous entraîne dans le no man's land de Miami où un garçon introverti (Alex Hibbert), délaissé par sa mère toxicomane, est recueilli par un vendeur de crack (Mahershala Ali).

Moonlight: grandir en trois temps ***1/2

CRITIQUE / Il est facile de comprendre pourquoi Moonlight est un candidat sérieux aux Oscars. Ce drame de moeurs en trois actes, qui raconte la quête identitaire et sexuelle d'un jeune homme, et son combat pour s'affirmer, a une profonde résonance. Ça s'appelle grandir. Le film de Barry Jenkins se démarque aussi par sa réalisation maîtrisée et sensible ainsi que par la justesse de l'interprétation. Mais il y a plus : il s'agit d'un portrait sans fard de la réalité afro-américaine, d'une brutalité honnête.
Moonlight suit la destinée de Chiron (Alex Hibbert), un garçon introverti délaissé par Paula (Naomie Harris), sa mère toxicomane. Après avoir été poursuivi par des brutes de son école, il est recueilli par Juan (Mahershala Ali), un vendeur de crack. Ce dernier le prend sous son aile. Dans une magnifique scène, il lui apprend à nager dans la mer - une belle métaphore. Le premier acte contient aussi une scène très forte où Paula confronte Juan sur le fait qu'il lui vend la drogue qu'elle consomme, ce qui le met face à ses contradictions.
Quelques années plus tard, Chiron (Ashton Sanders), toujours victime d'intimidation et de sa mère manipulatrice, trouve un peu de réconfort auprès de son seul ami, Kevin. L'ado doit trouver le moyen de se faire respecter, mais les choses tournent mal. À sa sortie de prison, le jeune homme (maintenant interprété par Trevante Rhodes) est presque devenu une copie conforme de Juan. Où loge sa vraie nature?
Barry Jenkins effectue un remarquable travail d'adaptation de la pièce In Moonlight Black Boys Look Blue, de Tarell Alvin McCraney. Sa version nous entraîne dans le no man's land de Miami où les ellipses, un montage allusif et le non-dit laissent le spectateur tracer les lignes entre les points. En disant peu, il dit beaucoup. Il s'agit d'un remarquable travail de réalisation pour un deuxième long métrage, qui fait confiance à notre intelligence et qui se distingue par sa vitalité et la charge émotive de plusieurs superbes plans.
Le cinéaste tend son arc dramatique avec beaucoup d'assurance même si celui-ci se relâche un peu au troisième acte - la finale, par contre, est superbe. Au passage, Sanders (Medicine for Melancholy, 2008) explore avec sensibilité les principales composantes de l'identité : liens filiaux, amour, amitié...
Moonlight s'avère une histoire très personnelle, mais avec une portée universelle. Le long métrage nous invite surtout à passer outre les apparences et les barrières pour découvrir la vraie personnalité d'un enfant qui apprend - en solitaire, ce qui est terrible - à devenir un homme. Le film nous révèle aussi à quel point nous sommes façonnés par ceux qui nous entourent.
La parenté de Moonlight avec Boyz N the Hood (1991) de John Singleton et Do the Right Thing (1989) de Spike Lee, des classiques du genre, parle d'elle-même. Le racisme n'y est pas évoqué - on ne voit aucun Blanc -, mais il est latent.
Même si le film de Jenkins s'avère un portrait plus intimiste, il a la même résonance sociale. Et il s'avère un constat tout aussi cinglant. Malgré l'élection de Barack Obama, les Afro-Américains vivent majoritairement dans la pauvreté et l'exclusion.
Au générique
Cote: ***1/2
Titre: Moonlight (v.o.s-t.f.)
Genre: drame de moeurs
Réalisateur: Barry Jenkins
Acteurs: Alex Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes
Classement: général
Durée: 1h50
On aime: la sensibilité, la réalisation maîtrisée, le non-dit
On n'aime pas: un petit manque d'intensité dans le troisième acte