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Joanna (Margaret Qualley) se trouve un emploi dans une agence littéraire établie à New York où elle répond au courrier adressé à J.D. Salinger.
Joanna (Margaret Qualley) se trouve un emploi dans une agence littéraire établie à New York où elle répond au courrier adressé à J.D. Salinger.

Mon année Salinger: tourner la page *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / S’il y a une constante dans l’œuvre de Philippe Farladeau, c’est que le réalisateur québécois ne se répète jamais. Ce qui explique que son adaptation des mémoires de Joanna Rakoff porte sa signature, tout en s’appuyant sur le point de vue de celle-ci. Il livre ainsi un film rafraîchissant, touchant et intelligent à propos d’une jeune femme qui s’extirpe de son cocon pour s’envoler.

Dans le contexte, il était sensé de confier la narration à Joanna (Margaret Qualley), en voix hors champ, dans Mon année Salinger (My Salinger Year).

En 1995, elle quitte Los Angeles et son chum pour New York. L’aspirante écrivaine se trouve un emploi dans une agence littéraire établie dirigée par Margaret (Sigourney Weaver), une femme intimidante avec une poigne de fer.

Sa rude patronne lui confie un simple mandat : répondre au volumineux courrier des admirateurs de J.D. Salinger, un reclus notoire, par une missive générique. Mais Joanna se laisse prendre au jeu et commence à écrire des épitres de son cru.

Le cinéaste utilise ici des vignettes oniriques pour illustrer cette correspondance, en particulier avec un garçon intense de Winston-Salem (Théodore Pellerin) qui prend vie sous nos yeux — un reflet des aspirations littéraires de Joanna qui aurait pu être mieux étayé. Il sert aussi de l’adresse à la caméra pour interpeller le spectateur — un procédé rare, utilisé à escient par Falardeau.

Puisque la jeune femme est chargée de répondre au téléphone, Joanna va peu à peu nouer des liens avec l’auteur de L’attrape-cœurs et même lui servir d’intermédiaire pour la réédition d’une nouvelle en livre.

Le long métrage s’intéresse aussi à la vie sentimentale de Joanna, qui emménage avec Don (Douglas Booth). Son nouvel amoureux, un égocentrique, porte peu d’attention à ses efforts littéraire. Ce récit parallèle n’est pas fortuit, dans la mesure où il démontre comme Don lui coupe ses ailes.

Elle qui aspire à «devenir extraordinaire» doit commencer par écouter sa voix intérieure si elle veut se libérer de ses entraves...

Théodore Pellerin joue un des correspondants auquel Joanna s'amuse à répondre.

La complexité n’a jamais fait peur à Falardeau, mais il aurait eu intérêt ici à restreindre son champ narratif. Il cultive tellement, abordant au passage les spécificités du milieu littéraire new-yorkais ou la nostalgie pour l’analogique au regard du numérique, qu’il oublie parfois de récolter ce qu’il a semé.

Au moins, il garde le cap sur l’essentiel, à savoir la trajectoire personnelle et artistique de Joanna. Avec une incartade magnifique et magique où il exploite le talent de danseuse de Margaret Qualley.

La jeune actrice a effectué un passage très remarqué dans Il était une fois… à Hollywood de Tarantino et retiendra encore plus l’attention ici, avec un mélange de candeur et de détermination. Surtout, Qualley tient son bout face à une Sigourney Weaver très solide.

Le film repose beaucoup sur cette confrontation et l’expérimentée Américaine joue avec nuances, sans excès et avec une touche remarquable quand elle laisse Joanna voir ses points faibles sous sa carapace.

Malgré quelques écarts et détours, Mon année Salinger atteint son but et livre une fin conséquente et satisfaisante — ce qui est tout un art en soi.

Mon année Salinger est présenté au cinéma et en vidéo sur demande (Rogers, Shaw, Telus, Bell, Illico, Cogeco, iTunes, AppleTV, etc.)

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Mon année Salinger

Genre : Drame biographique

Réalisateur : Philippe Falardeau

Acteurs : Margaret Qualley, Sigourney Weaver, Douglas Booth

Durée : 1h41