Mon ami Walid: dessine-moi un weirdo

Enfin : après une campagne de sociofinancement qui a fait parler, Adib Alkhalidey et Julien Lacroix dévoileront le film Mon ami Walid au Grand Théâtre de Québec le 31 janvier. Petit budget, grosse distribution marquent leur premier long-métrage, contre les attentes d’Adib Alkhalidey. « On avait 70 pages de scénario, on était financés par le public et on allait tourner en dix jours. Quand on approchait les acteurs, disons que ce n’était pas le pitch de vente le plus alléchant ! »

Le film produit de A à Z par les talentueux humoristes de la relève — écriture, jeu, réalisation… — déclenchera les rires et les larmes. Et comme les deux nouveaux cinéastes ne font rien comme les autres, Mon ami Walid ne sera pas présenté au cinéma, mais en salles de spectacles. Du même coup, le tandem amorcera une tournée de 15 arrêts à travers le Québec. Une présentation et une discussion avec les spectateurs accompagneront chaque projection.

Mon ami Walid pourra éventuellement être visionné sur le web. Quant à la diffusion au cinéma, le duo y travaille.

Dans Mon ami Walid, Antonin, un simple d’esprit, veut redonner le goût de vivre à son collègue suicidaire, Walid. « Julien et moi, c’était assez phénoménal. Pendant l’écriture, quand on sortait des idées, je ne peux pas compter le nombre de fois où l’on s’est dit “oh my god, je pensais à la même chose !”, raconte Adib Alkhalidey. Les deux, on avait envie de parler de quelqu’un qui vit dans les bas-fonds de l’existence, et d’explorer ce thème à travers la comédie et le drame — comme on l’a vu dans la vraie vie, c’est-à-dire que même quand ça va mal, tu ris, et quand ça va bien, tu pleures. »

Comme le budget était petit, il était impératif d’avoir « un casting parfait ». À en croire la bande-annonce, le « pitch de vente » a rallié à peu près tout le bottin du showbiz québécois. Une trentaine d’artistes, dont des noms bien connus comme Sophie Cadieux, Guy Jodoin et Laurent Paquin, campent les rôles « d’extraterrestres, de bibittes », d’énergumènes que rencontrent les deux protagonistes.

Une sorte de Petit Prince, version humour québécois ? « Oui, exactement ! s’exclame-t-il. C’est l’une des forces du film : tous les personnages sont weird, bizarres, particuliers, uniques. Mais ils sont vraiment, vraiment attachants. »

« On a été tellement chanceux ; la grande majorité (des comédiens) a dit oui tout de suite. Je pense qu’ils ont été attirés par la folie du projet, souligne l’interprète de Walid. Tout le monde a été exceptionnel. Le public va revoir des acteurs qu’ils connaissent, mais ils vont découvrir de nouvelles facettes d’eux. C’est comme s’ils avaient tous sorti un petit joker de leur jeu de cartes ! »

L’urgence de créer

Mon ami Walid pourra éventuellement être visionné sur le web. Quant à la diffusion au cinéma, le duo y travaille. Adib Alkhalidey ne cache pas que l’accès aux grands écrans est ardu pour les films produits hors des structures conventionnelles. « Le projet se fait étape par étape. Les stratégies se sont construites au fur et à mesure qu’on le faisait. »

C’est un peu par débordement d’enthousiasme, un peu par impatience par rapport à la lenteur des processus de demande de subvention que les cinéastes se sont tournés vers le sociofinancement au printemps 2018.

L’objectif de 80 000 $ a été atteint en deux mois grâce à 753 contributeurs. « Si j’attendais qu’on me donne des “go” pour réaliser des projets, j’allais réaliser un projet aux deux ou trois ans. Et je ne pense pas que c’est une manière de construire une vie et de nourrir son potentiel que d’attendre trois ans entre chaque projet. (…) J’imagine que (Julien et moi) on sentait que, si on ne le faisait pas, on passait à côté de nous-mêmes. »