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Alex se métamorphose en Alexandra pour participer au concours Miss France.
Alex se métamorphose en Alexandra pour participer au concours Miss France.

Miss : Métamorphose *** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Ruben Alves soutient que Miss s’inscrit dans l’air du temps. Nul doute. Mais il faut surtout retenir l’audace de proposer une comédie populaire avec un film racontant le parcours d’Alex, un jeune homme qui rêve depuis l’enfance de devenir… Miss France !

À 24 ans, l’orphelin au look androgyne travaille dans un club de boxe de jour et réside dans une maison de chambres tenue par Yolande (Isabelle Nanty). La colorée propriétaire loge prostituées, migrants et autres marginaux, en plus d’y exploiter un atelier de couture illégal...

Alex (Alexandre Wetter) va solliciter le soutien de ses co-chambreurs, en particulier Lola (Thibault de Montalembert), un travesti sur le déclin, pour se métamorphoser en candidate pour le concours!

Lui qui «se sent plus fort en femme» va, on s’en doute, franchir les premières étapes, non sans contrariété. Alexandra éprouve de la difficulté à s’intégrer en raison... de sa différence!

Un beau prétexte pour se moquer — peut-être un peu trop gentiment — de ce temple de l’asservissement de la femme-objet… Vrai qu’avec à bord Sylvie Tellier qui joue son propre rôle de directrice générale de la société Miss France, la chose devenait délicate.

Il décoche néanmoins quelques flèches bien placées sur le marketing, la fabrication publicitaire et la mise en scène par les réseaux sociaux d’une image déformée de la réalité...

Le réalisateur et scénariste a globalement évité un propos plus corrosif, ce qui n’aurait pas été incompatible, pour traiter de l’identité de genre, de la quête et de l’acceptation de soi. Ce qui rend le sujet plus universel.

Entre les péripéties du concours, avec chorégraphies, paillettes, défilés et compagnie, Miss suit en parallèle la trajectoire des habitants de la maison. Dans un film qui mise beaucoup sur le cheminement d’Alex, il faut souligner l’attention portée aux personnages secondaires. Tous ont une certaine épaisseur dramaturgique.

Yolande et Lola, ses parentes de substitution, sortent du lot, grâce à leurs interprètes. La première, féministe de la première heure au franc-parler, est solidement jouée par Isabelle Nanty. Reste que la seconde, ange gardien d’Alex(andra), doit beaucoup à l’incarnation de Thibault de Montalembert, qui réussit à rendre Lola particulièrement émouvante.

Thibault de Montalembert réussit à rendre Lola particulièrement émouvante.

Évidemment, Miss ne saurait exister sans la présence confondante d’Alexandre Wetter. Puisque le mannequin utilise indifféremment le masculin et le féminin, le rôle-titre lui va comme un gant. Le plus important demeure que lui, comme le film, ne tombe pas dans la parodie.

La progression dramatique s’avère somme toute prévisible, mais s’assure surtout de maintenir sa mission d’inclusion et d’acceptation. À ce chapitre, Alves évite les écueils de la caricature dans sa représentation de la transidentité, voire dans celle des Miss qui entourent Alex pendant le concours.

<em>Miss </em>ne saurait exister sans la présence confondante d’Alexandre Wetter.

Toutefois, son portrait d’Ahmed et Randy, en glandeurs et poteux, reprend les stéréotypes des immigrants bons à rien. Bien qu’il s’agisse d’une comédie, qui forcément grossit le trait, on peut s’interroger sur cette faute de goût (d’autant que son premier long métrage, La cage dorée, évoquait avec subtilité la question de l’intégration).

N’empêche. Le message de tolérance, et de respect de la différence, atteint son but, tout en proposant un amusant divertissement. C’est déjà beaucoup.

Miss est présenté au cinéma.

Au générique

Cote : ***

Titre : Miss

Genre : Comédie

Réalisateur : Ruben Alves

Acteurs : Alexandre Wetter, Isabelle Nanty, Thibault de Montalembert

Durée : 1h47