Sous-Fargo, avec sa policière enceinte, et sous-Duel, pour la course poursuite mystère auto-camion, Miséricorde n'a aucune personnalité.

Miséricorde: perdu en Abitibi **

CRITIQUE / Les coproductions européennes avec le Québec donnent rarement de bons résultats et ce n'est pas Miséricorde qui va faire exception. Cette quête d'un policier suisse tourmenté à la recherche du camionneur qui a heurté mortellement un cycliste autochtone ne tient pas la route. Le manque de crédibilité et la perte d'intérêt qui en découle ont fini par m'exaspérer.
Dès les premières séquences, ça ne colle pas. Thomas (Jonathan Zaccaï) passe devant la scène d'accident sans s'arrêter. Ce n'est qu'à l'aéroport, au moment de retourner en Suisse, qu'il décide de rester en Abitibi. Il connaît à peine la mère de Mukki, la jeune victime, qu'il lui promet de retrouver le coupable pour que justice soit rendue. Ce qui suscite la suspicion de Laurie (Charlie Arcouette), jeune policière intransigeante de la SQ. La suite est à l'avenant. 
La tragédie prend place à Lac-Simon (communauté de 1800 âmes secouée par des drames à répétition, dont un homicide qui a fait les manchettes l'an passé). Mais le maussade Thomas entreprend bientôt une quête improbable, sur fond de culpabilité, pardon et rédemption, dans le Nord. «T'es qui toé, pour te mêler de t'ça», lui demande un camionneur - ce qui résume bien mon sentiment tout au long du film. Sa rencontre à Matagami avec Mary-Ann Bélanger (Evelyne Brochu, lueur dans ce foutoir) sera déterminante.
Sous-Fargo (les Coen, 1996), avec sa policière enceinte, et sous-Duel (Spielberg, 1971), pour la course poursuite mystère auto-camion, Miséricorde n'a aucune personnalité. Platement réalisé et dépourvu de la moindre étincelle de passion, sauf vers la fin, le long métrage de Fulvio Bernasconi ne suscite qu'un vague intérêt.
La description de la réalité autochtone, qui manque de nuances et de réalisme, est à des lieues de l'empathie et de la compréhension affichée par Chloé Leriche dans le très beau Avant les rues, par Robert Morin dans le détonnant 3 histoires d'Indiens ou même par Benoît Pilon dans l'inégal Iqaluit. Mais, bon, des Suisses qui écrivent sur les Algonquins... 
Les dialogues d'Antoine Jaccoud sont d'ailleurs d'une banalité affligeante, et il y a des trucs tellement arrangés avec le gars des vues... Fulvio Bernasconi, qui a plusieurs documentaires pour la télé et quelques fictions à son actif, se débrouille un peu mieux à la réalisation, mais ça manque d'imagination, hormis quelques scènes. Heureusement, il y a la photo de Filip Zumbrunn pour magnifier les paysages sauvages.
Même la fin ambiguë n'arrange rien. À oublier.
Au générique
Cote: **
Titre: Miséricorde
Genre: drame
Réalisateur: Fulvio Bernasconi
Acteurs: Jonathan Zaccaï, Marco Collin, Charlie Arcouette et Evelyne Brochu
Classement: général
Durée: 1h30
On aime: la juste interprétation d'Evelyne Brochu
On n'aime pas: à peu près tout