Dans ce film fantaisiste, Kun pourra entrevoir à quoi ressemblera sa petite sœur lorsqu'elle sera adolescente...

Miraï, ma petite sœur: Découvrir l’avenir *** 1/2

CRITIQUE / Miraï, ma petite sœur réussit un véritable tour de force : il explore autant l’imaginaire de l’enfance, en particulier ses peurs, que la difficile conciliation travail-famille. Sa fantaisie séduira les plus petits alors que les parents vont se sentir interpellés par cette histoire toute simple, mais épique : l’arrivée d’un nouveau-né. De l’animation japonaise à son meilleur.

Kun, 4 ans, vit à Yokahama avec sa mère professionnelle et son père architecte. Ce dernier a construit leur maison en gradins autour d’un arbre, une cour intérieure dans laquelle l’enfant et son chien Yokko s’épivardent. Mais son petit bonheur est bouleversé lorsque ses parents reviennent à la maison avec Miraï, sa petite sœur.

Se sentant délaissé par ses parents débordés, il devient jaloux et colérique, allant jusqu’à frapper le bébé avec un de ses trains.

S’échappant dans son imaginaire, il est projeté dans un monde fantastique où passé, présent et futur s’entremêlent. Aux moments plus terre-à-terre vécus en famille s’intercalent des séquences oniriques où Kun fait la rencontre de son grand-père dans sa jeunesse (après la Seconde Guerre mondiale); de sa mère enfant (pas si différente de lui) et de sa sœur… adolescente (Miraï signifie avenir en japonais)!

Pour son huitième long métrage, Mamoru Hisoda (Le garçon et la bête) amalgame à nouveau traditions et modernité. La famille puise à ses racines, respectant la «fête des poupées» pour accueillir Miraï. Mais elle vit aussi les tensions inhérentes, très actuelles celles-là, à la pression du boulot.

La mère doit reprendre le travail rapidement, le père, apprivoiser son nouveau rôle d’homme au foyer, tout en conservant ses contrats de pigiste. Les deux sont hantés par la peur de ne pas être à la hauteur comme parents. Et ne savent pas trop comment réagir aux frasques de Kun.

Il est évidemment question d’apprentissage et de transmission dans ce très beau film épuré qui ne porte pas de jugement. Et auquel tous peuvent s’identifier — pas besoin d’avoir d’enfants.

Hisoda cantonne d’abord l’action presque exclusivement dans la maison (ce qui ne l’empêche pas de simuler de multiples mouvements de caméra). Plus le récit avance, plus le réalisateur prend des libertés. Le dernier acte aux airs cauchemardesques détonne d’ailleurs un peu trop.

Cette fable à l’imagination débordante, visuellement foisonnante et à la graphie très maîtrisée, a une dette envers le vénérable maître Hayao Miyazaki. Ce qui n’est pas un reproche, bien au contraire. Le long métrage a d’ailleurs été présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2018 à Cannes, de même qu’au Festival du film d’animation d’Annecy.

Miraï, ma petite sœur est un long métrage qui s’adresse autant à la tête qu’au cœur. Il offre d’ailleurs une perspective intéressante sur ce qui compose notre bagage héréditaire à la naissance, ces petits moments et accidents qu’ont vécus ceux qui nous précèdent et qui forgent notre identité.

Au générique

Titre : Miraï, ma petite sœur

Cote : *** 1/2

Genre : Animation

Réalisateur : Mamoru Hisoda

Classement : Général

Durée : 1h38

On aime : l’acuité du propos. Le graphisme épuré des dessins. L’imagination débordante.

On n’aime pas : la finale qui détonne.