Claire Foy est très charismatique en Lisbeth Salander, mais le scénario en fait une James Bond féminine, plus habile à tuer les méchants et à faire d’incroyables cascades qu’à se servir de son arme la plus redoutable: son intelligence.

«Millénium: ce qui ne me tue pas», une pâle copie hollywoodienne **

CRITIQUE / En 2009, Niels Arden Oplev a amorcé l’excellente adaptation suédoise de la trilogie des «Millénium» de Stieg Larsson. Évidemment, Hollywood a voulu sa propre version, qu’on a d’abord confiée à David Fincher — c’était plutôt réussi, mais trop proche de l’essence du premier tome. Le tout s’est arrêté là. Jusqu’à ce qu’on redémarre la franchise à zéro avec Ce qui ne me tue pas, une pâle copie hollywoodienne qui mise sur le sensationnalisme plutôt que la substance.

Ce qui ne me tue pas (The Girl’s in the Spider Web) est l’adaptation du roman éponyme de David Lagercrantz, paru en 2015. Ce populaire quatrième tome, 11 ans après le décès de Larsson, respectait l’esprit de la trilogie initiale qui mettait en vedette Lisbeth Salander, la hackeuse de génie, et le journaliste d’enquête Michael Blomkvist.

Mais ce film a tellement sacrifié de larges pans dans son adaptation qu’il ne reste presque plus rien des thèmes du récit et des personnages — Blomkvist (Sverrir Gudnason) est réduit à faire de la figuration… Sans parler du puritanisme du film.

Tout l’accent est mis sur Salander (Claire Foy, très charismatique), ce qui se défend, mais pas au point d’en faire une espèce de James Bond féminine, plus habile à tuer les méchants et à faire d’incroyables cascades qu’à se servir de son arme la plus redoutable: son intelligence.

Et Dieu sait qu’elle en fait largement usage dans le roman, qui implique des malversations du plus haut niveau de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA). Rien de tout ça ici.

On a tout de même conservé la base: un chercheur en intelligence artificielle a mis au point au programme qui permet de contrôler les systèmes d’armements atomiques de n’importe quel pays. Il demande à Lisbeth de le voler pour éviter qu’il tombe entre de mauvaises mains. Justement celles d’un groupe de bandits dirigé par Camilla Salander (Lakeith Stanfield), la sœur ennemie de l’autre.

On joue à fond la carte du double inversé: Lisbeth, en noir de la tête au pied dans son rôle de vengeresse solitaire, et Camilla, la blonde platine de rouge vêtue dont les actions sont motivées par l’envie.

On peut bien prendre des libertés en adaptant, mais Larsson doit se retourner dans sa tombe. D’autant que le dernier tiers de Ce qui ne me tue pas, qui accumule les incohérences scénaristiques, devient du grand n’importe quoi.

Cette simplification à outrance est divertissante, si j’en crois ma fille, pour celui ou celle qui n’a pas lu le roman. D’ailleurs, c’est mieux ainsi. Les amateurs vont être extrêmement déçus. Avec raison. Qu’on prenne une icône féminine aussi forte, qui s’en prend aux hommes qui font du tort aux femmes, pour en faire un personnage aussi unidimensionnel dépasse l’entendement.

Fede Alvarez aurait dû continuer à tourner des films d’horreur comme son remake d’Evil Dead (2013). Quoique, d’une certaine façon, celui-ci en est un. Mais sa maîtrise du genre et du rythme vont certainement lui assurer d’autres offres du même acabit. Quel gaspillage de talent...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: **

• Titre: Millénium: ce qui ne me tue pas

• Genre: suspense

• Réalisateur: Fede Alvarez

• Acteurs: Claire Foy, Sverrir Gudnason, Lakeith Stanfield

• Classement: 13 ans +

• Durée: 1h57

• On aime: le charisme de Claire Foy

On n’aime pas: les invraisemblances. L’aseptisation des thèmes. Les trop grandes libertés de l’adaptation