Alton (Jaeden Lieberher) est doté d'un pouvoir très particulier: celui d'intercepter les messages codés du gouvernement américain transmis par satellite.

Midnight special: l'élu ***1/2

CRITIQUE / Les attentes étaient élevées envers Jeff Nichols après son superbe et touchant Mud, qui était en compétition à Cannes en 2012. Il ne déçoit pas avec Midnight Special, un fabuleux film de science-fiction avec du coeur et de l'esprit, couplé à un road-movie plein de suspense. Il y a bien quelques faiblesses, mais sa maîtrise de la réalisation nous tient en haleine. Ce gars a un talent fou.
Il en faut de la virtuosité pour rendre crédible une histoire comme celle de ce garçon de huit ans doté d'un pouvoir très particulier - celui d'intercepter les messages codés du gouvernement américain transmis par satellite (de l'écoute électronique inversée!). Le FBI y voit une menace, la secte qui le retient captif depuis deux ans, des prophéties. 
Quand Roy (Michael Shannon) kidnappe son fils Alton (Jaeden Lieberher), avec l'aide de son ami Lucas (Joel Edgerton), un flic, pour le ramener chez sa mère (Kirsten Dunst), les services secrets et les illuminés vont se lancer à leur poursuite. Le temps presse: dans quatre jours, il va se passer quelque chose de spécial...
Avec ce canevas, Nichols s'intéresse aux croyances, au pouvoir de l'esprit et à la foi en ce qui dépasse la compréhension humaine. Mais encore plus à la force des liens familiaux et de l'amitié, thèmes omniprésents dans Take Shelter (2011) et Mud
Midnight Special se situe malgré tout quelque part, dans l'esprit, entre Rencontres du troisième type et E.T., de Spielberg, même s'il est plus proche dans sa forme et dans sa thématique du sublime Les fils de l'homme d'Alfonso Cuarón. Comme ce dernier, il démontre une hallucinante maestria à la réalisation et un sens inné de la photographie - il y a des plans à couper le souffle.
Comptez sur Nichols pour présenter au spectateur un univers singulier, réaliste en apparence, mais toujours un peu décalé. C'est évidemment plus marqué avec ce film mystérieux, avare de dialogues. L'Américain laisse les images s'exprimer, tout en créant un espace favorable à l'interprétation. 
Efficacité de l'art dramatique
Le réalisateur sait établir un climat, et Midnight Special distille une tension à couper au couteau sans multiplier les scènes d'action tonitruantes. Mais quand ça brasse, ouf! Ce n'est pas tant l'originalité à tout prix que l'efficacité de l'arc dramatique qui nous cloue sur notre siège. Il utilise toutefois un ou deux tours de passe-passe dans son suspense qui m'ont laissé dubitatif (notamment la fuite de deux adeptes de la secte alors qu'ils sont détenus par le FBI).
La fin alambiquée de Midnight Special trahit le fait qu'il s'agit de son premier film pour un grand studio (Warner). On sent la lourde main de la production même s'il s'agit d'une fin ouverte. Mais étant donné que le récit compte quelques raccourcis scénaristiques qui l'empêchent d'atteindre l'excellence à laquelle il aspire, les dégâts demeurent minimes.
Il apparaît aussi avec ce film que Nichols est, à l'instar de Jean-Marc Vallée, un très bon directeur d'acteurs. Kirsten Dunst (Spider-Man) offre une belle performance, mais pas autant que Joel Edgerton (Gatsby le magnifique) et, dans une moindre mesure, Michael Shannon (Take Shelter, Mud). Du très solide.
À 37 ans, Jeff Nichols est en train de s'établir comme un réalisateur marquant, un des meilleurs de sa génération. Son cinquième long métrage, Loving, vient d'être choisi en compétition officielle au Festival de Cannes, en mai. Sa sortie nord-américaine est prévue en novembre. En attendant, vous avez de quoi vous contenter.
Au générique
Cote:  *** 1/2
Titre: Midnight Special (v.o.a.s-.t.f.)
Genre: science-fiction
Réalisateur: Jeff Nichols
Acteurs: Michael Shannon, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton et Kirsten Dunst
Classement: 13 ans et plus
Durée: 1h52
On aime: le talent du réalisateur, la photographie, la tension 
On n'aime pas: quelques raccourcis scénaristiques, la finale plaquée