François Cluzet dans interprète dans Médecin de campagne un docteur atteint de cancer qui n'accepte pas sa maladie.

Médecin de campagne: la véritable vocation ***

CRITIQUE / Médecin de campagne s'ouvre sur un plan de Jean-Pierre, interprété par François Cluzet, en train de passer une IRM. Le diagnostic tombe : tumeur au cerveau, inopérable. «Va falloir arrêter de travailler si tu veux guérir», lui dit son docteur. Ça tombe mal, ce gros bosseur est le seul médecin de son coin de pays... Et a l'intention de n'en faire qu'à sa tête!
Avec cette idée toute simple, mais au fort potentiel dramatique, Thomas Lilti propose un long métrage naturaliste d'une touchante humanité. Qui explore notamment la relation entre un médecin et ses patients (ce qui permet toute une galerie de truculents personnages secondaires). Mais aussi l'impact de la maladie.
Justement, Jean-Pierre n'accepte pas la sienne. Son médecin et ami va donc dépêcher Nathalie (Marianne Denicourt) pour l'épauler. Réfractaire et roublard, le quinquagénaire va mettre des bâtons dans les roues de sa collègue, une femme de caractère qui ignore tout de son cancer. 
Les deux vont quand même devoir faire contre mauvaise fortune bon coeur, d'autant qu'ils partagent une caractéristique essentielle : la vocation. Au sein de la communauté tissée serrée qui les entoure, ils vont abaisser leurs défenses, mais pas tout de suite. Sur un ton doux amer, le long métrage chronique l'évolution de cette relation sur les plans professionnel et personnel.
En voie de disparition
Mais Médecin de campagne se penche aussi sur une espèce en voie de disparition en France, éteinte ici. Thomas Lilti était docteur avant de devenir réalisateur - il a d'ailleurs fait des remplacements en milieu rural. Le cinéaste signe en filigrane un véritable plaidoyer, insistant sur la figure romanesque de Jean-Pierre, au dévouement exemplaire, même dans la maladie. Une dimension qui a moins de résonance pour le spectateur québécois et qui permet de voir une certaine complaisance dans le traitement même s'il y a des zones d'ombres dans son héros.
Lilti avait mieux fait avec Hippocrate (2014), son film précédent, qui se basait aussi sur son expérience. Médecin de campagne est moins transcendant. Il n'en demeure pas moins un portrait tendre de la France rurale et montre des gens qu'on ne voit pas beaucoup au cinéma : agriculteurs, handicapés mentaux, musiciens du dimanche... Et qui ont l'épaisseur du réel dans ce long métrage même si ce sont des acteurs, sauf exception. C'est tout à son honneur.
Même si sa réalisation manque un peu d'imagination, il filme avec beaucoup de véracité les gestes médicaux (comme les Dardenne dans La fille inconnue), en particulier le toucher. Il lui confère même une belle sensualité quand Jean-Pierre pose ses mains sur sa collègue, trahissant le trouble qui l'envahit.
C'est là, d'ailleurs, que réside le plaisir de ce beau petit film. Dans cette relation qui se bâtit tranquillement et dans la chimie entre les deux acteurs. François Cluzet est d'une sobriété étonnante et, du coup, très crédible, délaissant ses tics d'acteur qui plombent parfois ses rôles. Quant à Marianne Denicourt (La belle noiseuse), dont la carrière semble renaître après une pause bien involontaire, elle s'avère d'une justesse encore plus remarquable.
Cette complicité rare rehausse la saveur d'un long métrage qui en a déjà beaucoup.
Au générique
Cote: ***
Titre: Médecin de campagne
Genre: comédie dramatique
Réalisateur: Thomas Lilti
Acteurs: François Cluzet, Marianne Denicourt et Isabelle Sadoyan
Classement: général
Durée: 1h42
On aime: la complicité des acteurs, la touchante humanité, le portrait tendre
On n'aime pas: un peu de complaisance, la réalisation convenue