Handicapée par l'arthrite rhumatoïde juvénile, Maud (Sally Hawkins, admirable de retenue) s'épanouit dans l'art, enjolivant sa maison de fleurs et d'animaux peints sur les murs et le mobilier.

Maud: histoire d'amour et de détermination ***1/2

CRITIQUE / Il aurait été facile pour Aisling Walsh et sa scénariste Sherry White d'exploiter la condition physique débilitante de Maud Lewis. Ou de glorifier sa carrière de peintre naïve à la Arthur Villeneuve. Le duo a plutôt choisi de raconter avec Maud une improbable et touchante histoire d'amour et de détermination, célébrant au passage la résilience et la force de caractère d'un petit bout de femme extraordinaire.
Le long métrage trace le portrait de Maud (Sally Hawkins), une femme brillante handicapée par l'arthrite rhumatoïde juvénile. Déterminée à se libérer de l'emprise de sa famille, elle répond à l'annonce d'Everett Lewis (Ethan Hawke). L'homme reclus et fruste, qui vit sur la côte de la Nouvelle-Écosse, se cherche une femme de ménage. Il va trouver tout un numéro.
De la place à l'interprétation
Maud va d'ailleurs progressivement l'apprivoiser, malgré son tempérament violent et explosif. Mais, surtout, enjoliver leur petite bicoque chambranlante en peignant fleurs et animaux sur les murs et le mobilier. Découverte par hasard par une New-Yorkaise en vacances, sa peinture va gagner en renommée et en popularité, ce qui n'ira pas sans mal avec son mari.
Autant Maud s'épanouit par l'art, autant Everett a de la difficulté à supporter l'attention qu'il génère. C'est tout le mérite du drame biographique, somme toute assez classique dans sa forme, de laisser beaucoup de place à l'interprétation en ce qui concerne cet homme borné qui souffre de son manque d'éducation. Fine psychologue, Maud va le guider où elle veut sans qu'il ne s'en rende compte.
Le film inspiré de la vie de Maud Lewis (1903-1970) fait une belle place aux oeuvres, largement méconnues au Québec. C'est toutefois dans l'évocation du destin commun de cette drôle de paire dépareillée qu'il touche la cible. Leur relation, d'abord bâtie sur la méfiance, va peu à peu céder la place à un amour d'une tendresse extrêmement touchante.
Aisling Walsh (Song for a Raggy Boy, 2003) va suivre ses deux acteurs au corps à corps, utilisant des plans serrés pour illustrer l'exiguïté des lieux, mais aussi le fort lien du couple (que la réalisatrice irlandaise fait contraster avec des plans très larges du magnifique paysage maritime quand ils sont à l'extérieur). 
Sally Hawkins, remarquable dans Jasmine French de Woody Allen, est tout simplement admirable de retenue. Sans jamais surjouer la douleur physique, l'actrice illumine tout l'écran du bonheur simple de Maud lorsqu'elle peint - plus rien n'existe. Comme toujours, Ethan Hawke (Jeunesse) brille par la crédibilité de sa composition, dans un rôle pas évident. Il serait facile de mépriser, voire détester, cet homme violent. Hawke en fait pourtant une interprétation nuancée, qui laisse deviner des blessures profondes.
Maud est un mélodrame sensible, sans pathos, qui célèbre la vie d'une artiste hors du commun. Mais il s'avère aussi une illustration du triomphe de la volonté dans l'adversité, la détermination et le courage sans limites d'une femme qui refuse de se laisser miner par la maladie et emprisonné par la société. C'est beau.
Au générique
Cote: ***1/2
Titre: Maud
Genre: drame biographique
Réalisatrice: Aisling Walsh
Acteurs: Sally Hawkins et Ethan Hawke
Classement: général
Durée: 1h55
On aime: approche classique, mais singulière, beau portrait, sensible et touchant
On n'aime pas: -