Beau, intelligent… et efféminé, Marvin Bijou (Jules Porier) est torturé par ses proches, physiquement et mentalement en raison de sa différence.

Marvin: je est un autre ***1/2

CRITIQUE / Anne Fontaine a pris un très gros risque en adaptant très librement «Pour en finir avec Eddy Bellegueule» d’Édouard Louis. Une partie de la critique française ne lui a pas pardonné. Mais en s’appropriant complètement ce récit d’un jeune torturé, physiquement et mentalement par ses proches en raison de sa différence, la réalisatrice livre avec «Marvin ou la belle éducation» un poignant et authentique récit sur les stigmates de l’intimidation, mais aussi sur l’envol d’un homme qui déploie ses ailes.

Marvin Bijou (Jules Porier) est beau, intelligent… et efféminé. Des caractéristiques qui ne pardonnent pas dans une famille d’illettrés d’un petit village des Vosges. À l’école, on l’agresse sexuellement, tout en le traitant de pédé. À la maison aussi. «C’est un truc de dégénérés. Comme une sorte de maladie mentale», dit le père en regardant son fils.

Le 15e long métrage d’Anne Fontaine (Coco avant Chanel, Les innocentes) aurait pu verser dans le misérabilisme. Mais la cinéaste nous projette tout de suite quelques années plus tard, où Marvin Clément (Finnegan Oldfield) trouve auprès d’Abel (Vincent Macaigne), un prof de théâtre, un mentor qui l’aide à se réinventer.

La chose n’est pas facile. L’introverti est encore mal dans sa peau. Roland (Charles Berling), un papa gâteau, va le prendre sous son aile pour faire son éducation sentimentale et sexuelle — un personnage bourré de clichés, mais qui va permettre d’introduire Isabelle Huppert, dans son propre rôle. La géniale actrice va pousser Marvin à écrire sa vie (qui se déroule sous nos yeux) pour en faire une pièce autobiographique.

À partir de là, Fontaine va constamment se promener entre les deux époques, projetant une image fragmentée de Marvin, que le spectateur tente peu à peu de préciser. C’est parfois fastidieux, la mise en scène est assez convenue, mais Fontaine réussit tout de même à peindre un portrait poignant d’un garçon qui puise en lui des ressources qu’il ne soupçonnait pas. Aidé, il est vrai, par la rencontre avec des gens qui seront bienveillants. Tous n’ont pas sa chance…

Marvin ou la belle éducation est un film imparfait, parfois maladroit et qui manque de nuances, mais authentique, jusque dans le malaise, bien servi par des dialogues vifs et vivants. Le fait qu’il montre une famille de tarés, aux traits légèrement grossis, semble indisposer beaucoup de gens.

Pourtant, on dirait les Bijou sortis directement d’un Tremblay à la sauce française. Ils sont, à mes yeux, beaucoup plus crédibles et incarnés que les bourgeois d’Appelle-moi par ton nom, long métrage qui beurrait épais au mélodrame. Des gens comme les Bijou, ça existe…

Le dernier tiers n’a pas le même élan dramatique que ce qui précède et Anne Fontaine aurait eu intérêt à resserrer pour éviter un aspect redondant. Ce qui n’occulte en rien quelques moments d’émotion très forts et la sincérité du propos. Ni son plaidoyer pour l’importance de l’éducation et de la culture dans le développement de la personnalité.

Le drame bénéficie aussi de l’interprétation impeccable et juste de Jules Poirier et de Finnegan Oldfield. Pour son premier rôle, le jeune Poirier est d’une surprenante vitalité. Quant à Oldfield, très sobre, il confirme son énorme potentiel dramatique. Ses scènes avec Huppert sont un régal.

Le thème de la différence, et les difficultés d’apprendre à composer avec celle-ci, est récurrent. Mais ne perd jamais de sa pertinence d’une fois à l’autre.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***1/2

Titre: Marvin ou la belle éducation

Genre: drame

Réalisatrice: Anne Fontaine

Acteurs: Finnegan Oldfield, Jules Porier, Grégory Gadebois

Classement: 13 ans +

Durée: 1h47

On aime: l’authenticité. Les thèmes abordés. L’interprétation des Marvin

On n’aime pas: un peu de redondance