Mercredi, le cinéaste Denis Boivin et son équipe s’affairaient à mettre en boîte une scène du «documentaire onirique» Le Sang du pélican, portant sur la vie et l’œuvre de Marie de l’Incarnation.

Marie de l’Incarnation revit aux Ursulines

Par la magie du cinéma, l’âme de Marie de l’Incarnation revit entre les murs du monastère des Ursulines. Avec le début du tournage du «documentaire onirique» Le Sang du pélican, le réalisateur Denis Boivin voit se concrétiser un projet de longue haleine sur la vie et l’œuvre de cette religieuse d’exception.

Mercredi matin, lors du passage du Soleil, le cinéaste et son équipe s’affairaient, dans la chapelle extérieure de l’un des sites patrimoniaux les plus anciens du Québec, à mettre en boîte une scène mettant en vedette l’alter ego de Marie de l’Incarnation (Karen Elkin) et sœur Marguerite Chenard.

Sous les directives de l’aide-réalisateur Jeremy Peter Allen, les deux femmes quittent leur banc d’église pour se diriger vers le maître-autel du Séminaire Saint-Joseph. La religieuse en profite pour décrire les trésors architecturaux des lieux. La scène sera reprise sous plusieurs angles. À son âge avancé, sœur Chenard, 89 ans, appréciera prendre un peu de repos sur la chaise qu’on lui apporte, entre deux prises…

Révélé par Le pardon, en 1991, nommé au Gémeau de la meilleure réalisation documentaire, Denis Boivin suit une carrière aux frontières de ses études en cinéma et en théologie. Par le passé, il a tourné des œuvres sur Jean-Paul II et les Carmélites. Ce projet devenu réalité sur la fondatrice de la congrégation des Ursulines de Québec lui tenait particulièrement à cœur.

«Un film historique, ça coûte beaucoup d’argent et ça ne connaît pas toujours un grand succès auprès des investisseurs. C’est peut-être la huitième version de mon scénario», explique-t-il, au troisième jour d’un tournage qui devrait en nécessiter une trentaine. Grâce au soutien de Téléfilm Canada et de la Ville de Québec, et dans l’attente d’une réponse de la Sodec, le cinéaste compte pour le moment sur un budget d’un demi-million$.

L’annonce, le printemps dernier, du départ des Ursulines du Vieux-Québec, pour une résidence privée de Beauport, a chamboulé le plan de match du cinéaste, qui a tenu mordicus à insérer l’événement dans son documentaire. Cette page d’histoire permettait de boucler la boucle de l’arrivée et l’installation de celle connue aussi sous le nom de Marie Guyart, à Québec, en 1639.

À travers le concept artistique de «mise en abyme», entre passé et présent, c’est l’histoire de la congrégation qui prendra forme dans le film, mais aussi celle de la fondation du pays.

L’alter ego de Marie de l’Incarnation dans le film, l’actrice Karen Elkin, et sœur Marguerite Chenard.

Femme très déterminée

Au gré de ses lectures, Karen Elkin dit avoir découvert en Marie de l’Incarnation (1599-1672) une femme «très déterminée, une aventurière téméraire». La comédienne, vue dans le rôle de la moine bouddhiste de Lietteville, dans la télésérie Unité 9, confie avoir puisé dans «son côté spirituel et sa sensibilité» pour s’approcher au plus près du personnage. «C’était aussi une mère, fait rare pour une religieuse. Elle a laissé son enfant de 10 ans pour entrer chez les sœurs.»

Le tournage du Sang du pélican — titre inspiré d’un des symboles des Ursulines, installés au plafond de la chapelle intérieure —  se poursuivra dans les prochains mois, à la faveur du passage des saisons. Des scènes seront captées sur les Plaines, la terrasse Dufferin, lors de la fête de Sainte-Anne, à Sainte-Anne-de-Beaupré, et pendant les Fêtes de la Nouvelle-France.

L’été dernier, une partie de l’équipe s’est rendue en Gaspésie filmer le navire espagnol El Galeon, en route vers Québec, toutes voiles dehors, afin d’illustrer la traversée de l’Atlantique de la religieuse. Des scènes, avec des figurants, ont été tournées sur le navire, alors amarré à Québec pour le Rendez-vous naval.

Si tout va comme prévu, la sortie du film devrait avoir lieu à l’hiver 2019.