Mademoiselle s'amuse à brouiller les pistes tout au long des trois actes, laissant le spectateur perplexe, ne sachant pas sur quel pied danser.

Mademoiselle: délicieusement pervers ***1/2

CRITIQUE / Park Chan-wook est de retour en Corée du Sud après un bref passage à Hollywood, où il a réalisé le fascinant Stoker. Une bonne idée. Son Mademoiselle se révèle un délicieusement pervers suspense psychologique, basé sur le rapport au désir et à la séduction dans un contexte historique méconnu en Occident. Présenté à Cannes, où il était en compétition officielle, il s'avère un très bon moment de cinéma, malgré une finale racoleuse.
Le réalisateur d'Old Boy (Grand prix à Cannes en 2004) a adapté le roman Du bout des doigts de Sarah Waters pour son 10e long métrage. Mais il a transposé le récit de l'Angleterre victorienne à la colonisation japonaise en Corée dans les années 30.
Hideko (Kim Min-hee), une riche Japonaise, y vit presque cloîtrée dans un manoir sombre appartenant à son oncle tyrannique. La comtesse y est rejointe par Sookee (Kim Tae-ri). La jeune servante coréenne devient pratiquement une demoiselle de compagnie et, bientôt, autre chose aussi, de plus intime...
Hideko ignore toutefois que Sookee est acoquinée à un escroc (Ha Jeong-woo), qui se fait passer pour un comte japonais. Ce dernier tente de séduire Hideko pour mieux la détrousser... 
Deux points de vue
Pour Mademoiselle, Park Chan-wook s'est beaucoup amusé avec la question du point de vue. L'histoire nous est d'abord racontée par Sookee, qui est aussi la narratrice en voix hors champ. La deuxième partie est l'occasion d'un long retour en arrière qui nous présente une tout autre facette d'Hideko, teintée de sadomasochisme. S'il est amusant de revoir les mêmes scènes, d'un angle différent, le procédé s'accompagne tout de même de quelques redites et longueurs.
Reste que le film s'amuse à brouiller les pistes tout au long des trois actes, laissant le spectateur perplexe, ne sachant pas sur quel pied danser. Normal : Mademoiselle met en scène un trio lié dans une arnaque échafaudée sur la duperie.
Le récit, teinté d'humour noir, est fort habilement ficelé et le réalisateur démontre sa virtuosité habituelle à la caméra, avec des mouvements élaborés, sa photographie impeccable et son fort sens de la composition. En résulte un long métrage chargé de tension, d'érotisme saphique et de voyeurisme très hitchcockien. Pas surprenant : le réalisateur coréen est venu au cinéma après avoir vu Vertigo (1958). Le chef-d'oeuvre de Hitch­cock est basé sur les mêmes prémisses... 
Le plaisir de Mademoiselle réside aussi dans ses habiles revirements, qui maintiennent l'intérêt. Park Chan-wook étire toutefois la sauce vers la fin, versant inutilement dans une violence crue.
De bien petites réserves pour ce dépaysant voyage cinématographique qui donne le beau rôle aux femmes et se moque des travers masculins.
Au générique
Cote: *** 1/2
Titre: Mademoiselle
Genre: suspense psychologique
Réalisateur: Park Chan-wook
Acteurs: Kim Min-hee, Kim Tae-ri et Ha Jung-woo
Classement: 16 ans et plus
Durée: 2h24
On aime: la maîtrise du réalisateur, la cinématographie, le jeu sur les points de vue
On n'aime pas: un certain sadisme à la fin, un peu de racolage érotique