Rossy de Palma est craquante dans le rôle de la domestique d’un riche couple d’Américains qui doit prendre part à leur repas mondain.

Madame: fausse noblesse ***

CRITIQUE / Madame aurait aussi pu s’intituler La misère (sexuelle) des riches. Ou Le jeu de l’amour et du hasard si Marivaux n’avait pas utilisé le titre en 1730… Mais le vaudeville mondain d’Amanda Sthers est résolument contemporain. Et il vaut surtout pour son trio d’acteurs principaux, tout à fait à l’aise dans ce film qui a manifestement une dette envers Woody Allen et aussi, un peu, envers Almodovar.

Le long métrage s’appuie sur Anne (Toni Collette) et Bob Fredericks (Harvey Keitel), riches Américains récemment installés à Paris. Le couple reçoit les biens-nantis lorsque l’arrivée du fils aîné Steven (Tom Hughes) met sa belle-mère dans l’embarras: ils seront 13 à table! Anne demande alors à sa bonne Maria (Rossy de Palma) d’enfiler une robe et de partager leur repas.

Dans ce milieu guindé, cynique et superficiel, la candeur et l’honnêteté de Maria font craquer David, un expert en art. Qui croit que sa nouvelle flamme est issue de la noblesse espagnole à la suite d’une «confidence» de Steven, qui s’amuse à foutre le bordel. Ce qui, bien sûr, va générer son lot de quiproquos.

Cet entremetteur particulier va encourager la relation, au grand dam de sa belle-mère qui ne veut pas avouer son stratagème. Ni sa jalousie : Anne ne peut supporter le bonheur de sa domestique alors que son couple prend l’eau et qu’elle cherche la passion ailleurs, tout comme son mari.

Oui, la recette est connue, les thèmes aussi. Et les personnages sont un peu stéréotypés. Reste un réel plaisir à voir les personnages se dépatouiller avec leurs contradictions et les contraintes qu’impose leur classe sociale.

Toni Collette et Harvey Keitel sont savoureux en riches désabusés. Mais c’est Rossy de Palma qui est, comme toujours, craquante. Une des célèbres chicas d’Almodovar, avec qui elle a tourné plus d’une demi-douzaine de fois, l’actrice espagnole pétille dans chacune de ses scènes: le spectateur s’attache à Maria au point d’espérer un destin heureux à son aventure.

Amanda Sthers (Je vais te manquer, 2009) mise sur une mise en scène souple et efficace, centrée sur les acteurs, à défaut d’être imaginative pour son deuxième long métrage. Il faut dire que la réalisatrice est d’abord romancière et dramaturge. Ce qui explique sûrement la facture classique de son récit en trois actes et le manque d’audace à la caméra, malgré un bon sens du cadre.

Madame est un film sans prétention, aux personnages aux traits mal définis. Mais qui manie habilement les intrigues vérité-mensonge qui forment la trame de l’usure du temps et du désamour subséquent. La vraie noblesse vient du cœur, pas de la descendance.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: Madame

Genre: comédie dramatique

Réalisatrice: Amanda Sthers

Acteurs: Toni Collette, Harvey Keitel, Rossy de Palma

Classement: général

Durée: 1h30

On aime: le trio d’acteurs. La candeur de Maria

On n’aime pas: des personnages stéréotypés. La réalisation banale