Ma vie de Courgette est une animation en volume, où on filme les marionnettes image par image, en les déplaçant légèrement, pour créer le mouvement. Tout est fait à la main, sans recours aux ordinateurs.

Ma vie de Courgette: j'ai tué ma mère ****

CRITIQUE / S'il n'en tenait qu'à moi, Ma vie de Courgette aurait gagné l'Oscar du film d'animation. Remarquez qu'après les prix à Cannes et à Annecy, c'était un peu superflu. L'audacieux drame animé de Claude Barras est un superbe moment de cinéma qui explore le quotidien des enfants délaissés, mal-aimés, voire rejetés. Avec beaucoup de tact et d'humanisme, le brillant (court) long métrage touche droit au coeur.
Icare, qui préfère qu'on l'appelle Courgette,  est un petit garçon aux cheveux bleus et aux yeux proéminents. Un jour qu'il rêvasse en dessinant un cerf-volant, un incident provoque la colère de sa mère alcoolique et colérique. Apeuré, il referme la trappe du grenier sur sa tête, celle-ci déboule les escaliers et meurt.
Conduit dans un orphelinat, Courgette fait la connaissance d'enfants un peu particuliers, que la vie n'a pas épargnés : parents drogués, en prison, expulsés du pays, souffrants de maladie mentale. Parmi eux, Simon, un intimidateur qui éprouve un sentiment d'abandon et de rejet. La dynamique va bientôt changer lorsqu'une nouvelle petite fille frondeuse se joint à eux : Camille.
Sur ce canevas, librement adapté du roman Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris, le réalisateur suisse va se servir de ses marionnettes pour explorer l'univers d'enfants qui vieillissent trop rapidement. Mais aussi comment, unis dans leur malheur - «On est tous pareils, il n'y a plus personne pour nous aimer» -, ces rescapés vont développer des liens d'amitié mus par la loyauté et l'espoir.
Curieusement, Ma vie de Courgette n'a rien d'un film sombre. C'est peut-être le premier long de Barras, il a beaucoup d'expérience dans le court. Il a créé un univers coloré, qui aborde même les drames, petits et grands, avec suffisamment d'humour pour ne pas heurter les sensibilités. Mais sans faire d'angélisme non plus : à éviter pour les jeunes enfants, donc.
Voix de vrais enfants
Ce film repose sur une esthétique à la fois naïve et expressive. Il s'agit d'une animation en volume, où on filme les marionnettes image par image, en les déplaçant légèrement, pour créer le mouvement. Tout est fait à la main, sans recours aux ordinateurs. Le résultat est charmant, notamment parce que les petits personnages sont très expressifs. Leur voix est d'ailleurs celle de vrais enfants, ce qui permet une touche de réalisme supplémentaire.
Profondément moderne, avec une trame sonore inspirée signée Sophie Hunger, Ma vie de Courgette propose aussi une réflexion sur la notion de famille, montrant qu'un foyer heureux peut être recomposé alors qu'une famille naturelle peut être le lieu de tension et de comportements malveillants (la tante de Camille veut la récupérer pour toucher une allocation gouvernementale...).
Ce magnifique film bénéficie aussi de la délicatesse paternelle de Claude Barras qui conclut son récit de façon lumineuse et très touchante. Sublime.
Au générique
Cote: ****
Titre: Ma vie de Courgette
Genre: animation
Réalisateur: Claude Barras
Classement: général
Durée: 1h06
On aime: tout
On n'aime pas: rien