Dans Ma vie avec John F. Donovan, Kit Harington incarne une célébrité qui construit sa carrière sur un mensonge...

Ma vie avec John F. Donovan : Original, touchant... et dolanesque ***½

CRITIQUE / Est-ce le budget de 35 millions $ et la distribution tout étoile qui ont créé de trop grandes attentes? Les déboires et délais de production (plus de deux ans) qui ont prédisposé à un accueil mitigé au Festival de films de Toronto et en France? Toujours est-il que le plus récent Xavier Dolan, Ma vie avec John F. Donovan, est très réussi. Pas un chef-d’œuvre, assurément pas le meilleur Dolan non plus, mais on est très loin du ratage appréhendé. Voilà même une histoire originale, très touchante par moments, qui souffre parfois d’un surcroît de mélo, mais jamais au point d’indisposer.

Il y a même fort à parier que le public québécois soit le plus apte à apprécier ce nouvel opus dans la filmographie du réalisateur prodige. Parce que ce dernier a mis beaucoup de lui-même (et concrétisé un rêve d’enfance, en quelque sorte) dans cette histoire d’un garçon acteur de 11 ans (Jacob Tremblay) qui échange une correspondance avec une célébrissime vedette télé (Kit Harington) sans que personne soit au courant, pas même la mère du préado (Nathalie Portman).

Difficile, donc, de ne pas voir dans le jeune Rupert un alter ego du réalisateur, lui aussi ancien enfant acteur, qui admet avoir écrit, quand il était petit, des lettres d’admiration à ses idoles du cinéma et de la chanson. L’exubérance du personnage (très attachant au demeurant), son caractère fort malgré l’intimidation, ses rapports déchirants avec sa mère (on y revient toujours) font que le cinéphile d’ici bénéficie d’une clef supplémentaire pour monter à bord.

Tout réchappé

Échafaudé sur des personnages complexes et sur une solide structure temporelle — un Rupert adulte raconte son histoire à une journaliste pendant que les vies du jeune Rupert et de Donovan se juxtaposent dans le passé —, le long métrage révèle assez vite son principal enjeu, somme toute simple : Donovan est une star qui bâtit sa carrière sur un mensonge, cachant son homosexualité. Jusqu’au jour où sa correspondance avec le jeune Rupert est rendue publique, ce qui fait tout basculer pour l’un comme pour l’autre.

Si le scénario s’avère faible par moments, souffre de quelques non-dits (on aurait aimé en savoir davantage sur le contenu des lettres de Donovan) et laisse dépasser quelques fils, la sapidité de plusieurs dialogues, la beauté de la photographie, la pluralité des plans et la performance des acteurs vient tout réchapper, à commencer par l’excellent travail de Kit Harington et de Nathalie Portman (on aurait aimé voir plus longtemps Kathy Bates et Susan Sarandon, toutes deux également délicieuses).

Très dolanesque dans son esthétique (intérieurs glauques, couleurs délavées, recours aux flous), Ma vie avec John Donovan rend aussi quelques hommages au cinéma américain des années 1990, pas tous perceptibles, excepté celui à Home Alone, lors de la réconciliation entre Rupert et sa mère, assez évocatrice pour faire sourire.

Est-ce que le retranchement d’environ 50 pour cent des scènes (Dolan a avoué qu’il aurait pu faire un film de quatre heures) est responsable des quelques défauts? Fort probablement. Mais l’important est que la charge émotive soit au rendez-vous. Sur ce plan, la marchandise est assurément livrée.

Au générique

Cote : ***½

Titre : Ma vie avec John F. Donovan

Genre : Drame

Réalisateur : Xavier Dolan

Acteurs : Avec Kit Harington, Jacob Tremblay et Nathalie Portman