L'interprétation toute en nuances et extrêmement crédible de Joel Edgerton et de Ruth Negga est formidable. La performance de cette dernière devrait même lui permettre de se rendre jusqu'aux Oscars.

Loving: l'amour plus fort que tout ***1/2

CRITIQUE / Il aura fallu presque un mois après sa sortie à Montréal avant que le profondément humain et émouvant Loving de Jeff Nichols prenne l'affiche à Québec (au Cartier). Mais l'attente en valait la peine parce que ce drame sentimental tout en retenue raconte une des plus formidables luttes du XXe siècle contre la ségrégation aux États-Unis. À la lumière de ce qui s'est passé ces derniers mois chez nos encombrants voisins du Sud, il n'en est que plus pertinent.
Loving s'ouvre sur une phrase toute simple, mais lourde de sens : «Je suis enceinte.» Le fruit de cet amour est toutefois menacé par le racisme ambiant. Et quel amour! Richard (Joel Edgerton) et Mildred Loving (Ruth Negga) décident de se marier. En toute logique? Pas en 1958, en Virginie, quand vous êtes un grand blond introverti, un peu redneck, et une pétillante petite Noire...
Il s'agit d'une histoire vraie, celle des Loving, ça ne s'invente pas, avec laquelle le réalisateur américain (Mud, Midnight Special) n'a voulu prendre aucune liberté. 
Persécuté par l'appareil judiciaire - ils doivent quitter l'État sous peine d'emprisonnement -, le couple se rendra jusqu'en Cour suprême. Dans Loving, la petite et la grande Histoire sont inextricablement liées, mais Nichols a mis l'accent sur les humains et un combat qui n'aurait jamais dû avoir sa raison d'être, avec le racisme et les droits civiques en arrière-plan.
Le réalisateur aurait pu tomber dans le pathos, il a plutôt choisi la finesse et la pudeur, laissant, souvent, les regards d'Edgerton (Le cadeau) et Negga (World War Z) exprimer l'essentiel de cette pénible histoire. Leur interprétation, tout en nuances et extrêmement crédible, est formidable. La performance de Negga devrait logiquement lui permettre de se rendre aux Oscars.
D'autant qu'il s'agit du plus classique des longs métrages de Nichols sur le plan formel. C'est à la fois sa principale force et sa principale faiblesse. Le cinéaste a choisi de s'effacer devant son sujet pour lui donner plus d'ampleur, sans que les effets de style nuisent au propos. La réception n'en est qu'améliorée auprès du grand public. Mais il a sacrifié au passage sa signature ainsi qu'un certain souffle. Loving aurait gagné à être resserré, mais Nichols n'a probablement pas voulu sacrifier le factuel aux impératifs narratifs.
Marquant
Nichols n'en démontre pas moins, encore une fois, son talent immense comme réalisateur et comme narrateur (quel sens incroyable de l'ellipse). Son cinquième long métrage n'a peut-être pas la résonance d'Esclave pendant 12 ans, mais il n'en est pas moins marquant.
Il n'aura pas le même succès au box-office que le long métrage de Steve McQueen, couronné de trois Oscars, dont celui du meilleur film. Mais son devoir de mémoire est tout aussi vital.
Loving a une profonde résonance pour la lutte universelle contre toutes les formes de discrimination. Les lois changent, mais pas nécessairement les mentalités, comme on peut le voir encore de nos jours aux États-Unis, ailleurs dans le monde et dans notre cour. Voici un film qui nous remue autant qu'il nous fait réfléchir. C'est beaucoup.
Au générique
Cote: *** 1/2
Titre: Loving
Genre: drame biographique
Réalisateur: Jeff Nichols
Acteurs: Joel Edgerton, Ruth Negga et Michael Shannon
Classement: général
Durée: 2h03
On aime: le devoir de mémoire, l'aspect très émouvant, la retenue
On n'aime pas: la réalisation très classique