Méditation mélancolique sur le passage du temps, Louise en hiver s'adresse d'abord et avant tout à un public adulte.

Louise en hiver: la liberté de se réinventer ***1/2

CRITIQUE / Qui n'a jamais rêvé de se réinventer? Louise se fait offrir cette incroyable liberté lorsqu'elle se retrouve complètement seule dans une ville balnéaire après avoir raté le dernier train. Sur la base de ce canevas fantaisiste, Jean-François Laguionie va peindre Louise en hiver, un joli petit film d'animation sur la solitude et la résilience, mais aussi sur les ressources insoupçonnées qui sommeillent en chacun de nous.
Nous sommes en septembre dans la ville déserte (et fictive) de Biligen-sur-Mer. La dame de 75 ans quitte sa résidence secondaire pour se construire un abri de fortune sur la plage de Normandie. Elle développe rapidement une routine nécessaire à sa survie. Il n'y a pas âme qui vive, à part les animaux de la côte et un vieux chien, qu'elle surnomme Pépère. Il deviendra vite son confident et son miroir.
Car Louise va mettre un temps à comprendre ce qui lui arrive. Un peu confuse, elle croit d'abord qu'on l'a abandonnée pour la punir. Puis, peu à peu, elle va oublier la prison de la vieillesse pour laisser libre cours à son imagination. Des souvenirs de sa jeunesse, à huit ans recueillie par sa grand-mère, vont s'inviter dans ses rêveries ainsi que des réminiscences de ses 18 ans avec ses deux amoureux...
Jean-François Laguionie adopte un ton intimiste pour illustrer cette fable épurée et onirique, parsemant ses magnifiques décors peints à la main d'éléments surréalistes. 
Son scénario ressemble en effet à du Beckett, un auteur qu'il chérit. Ces deux clochards de la mer, Louise et Pépère, attendent on ne sait trop quoi, si ce n'est la possibilité de résister aux contraintes habituelles imposées par la vie en société. Leur existence est intemporelle et hors du temps.
Dans ce décor de rêve, parfois secoué par les grandes marées ou des vents violents, Laguionie mise sur une conception sonore élaborée, jouant autant sur la symphonie des éléments que la partition sonore (piano et musique orchestrale, selon les moments) ainsi que la narration de Catherine Frot, la voix de Louise.
Cette méditation mélancolique sur le passage du temps s'adresse d'abord et avant tout à un public adulte, qui cernera les enjeux auxquels Louise est confrontée. Il faut accepter le rythme contemplatif pour se laisser toucher par l'inéluctable de notre condition.
Le réalisateur de 77 ans, Palme d'or en 1978 pour son court La traversée de l'Atlantique à la rame, est considéré comme l'un des meilleurs cinéastes d'animation en France. Louise en hiver, qui était en compétition au dernier Festival de cinéma de la Ville de Québec (FCVQ), en fait l'éclatante démonstration.
Au générique
Cote : *** 1/2
Titre : Louise en hiver
Genre : animation
Réalisateur : Jean-François Laguionie
Classement : général
Durée : 1h15
On aime : l'aspect épuré, la méditation sur le passage du temps, la relation entre Louise et Pépère
On n'aime pas : -