Louis Clichy réalise un deuxième film d'animation de la série des Astérix avec Le secret de la potion magique.

Louis Clichy: Dans la marmite de Panoramix

PARIS — Louis Clichy nous disait volontiers, avant la sortie du Domaine des Dieux (2015), qu’il n’était pas un admirateur de la série des Asterix. Mais il ne fermait pas la porte à une suite avec son coréalisateur Alexandre Astier. L’occasion de créer une aventure originale s’est avérée irrésistible. Surtout si elle leur permettait de spéculer sur Le secret de la potion magique (dans laquelle ils ne sont toutefois pas tombés)!

Le duo a donc imaginé une histoire — déjà un peu exploré par Uderzo dans Le combat des chefs (1966) — où Panoramix décide qu’il est temps de confier le secret de la potion magique à un plus jeune druide (le thème de la transmission). Accompagné d’Astérix, d’Obélix et d’une passagère clandestine, il parcourt la Gaule en tous sens à la recherche d’un successeur, laissant le village sans potion à la merci des Romains.

Le récit est plus axé sur Panoramix que le vaillant guerrier et son comparse livreur de menhirs. «C’est par lui que tout le bordel arrive et c’est lui qui va rétablir la situation. Astérix est le spectateur. Je m’amuse parfois à dire qu’il incarne le chœur grec, celui qui va dire : “attention, Panoramix!”. Mais il y a aussi plusieurs histoires dont Astérix n’est pas le héros principal de la BD.»

Cette liberté était bienvenue. «Une histoire originale nous permet de prendre les choses intéressantes d’Astérix, peut-être en oublier certaines qu’on n’aime pas forcément et y mettre notre sauce», explique l’animateur de 41 ans, dont l’air juvénile lui en fait paraître beaucoup moins. Les deux compères trouvaient aussi que les albums non adaptés jusqu’à maintenant étaient dépourvus d’une histoire assez forte pour un long métrage.

Pour Astier, au récit, et Clichy, à la mise en scène et à l’animation, mais pas exclusivement, ce nouveau récit devait correspondre aux nouveaux canons du film d’animation, une histoire tragique avec des habits de la comédie.

«Le film qu’on a fait est sombre. Ça parle de succession, de mort, il y a le village qui périclite, il y a beaucoup de choses méchantes qui se passent, mais les gens ne sortiront pas en se disant : on a vu quelque chose de grave et de sinistre. Ça donne de l’épaisseur aux personnages. Et ça prenait un méchant fort, qui n’est pas un bouffon pour qu’on prenne sa menace vraiment au sérieux.»

Sulfurix, le «méchant» du Secret de la potion magique. Photo Films Séville

Ce qui n’a pas empêché Albert Uderzo, créateur avec René Goscinny des Astérix, de donner le feu vert dès la première ébauche, en 2016. «On sait qu’on sort parfois un peu de l’esprit, mais on veut que ça demeure respectueux. Sur certains points, on a discuté un peu, mais on a pu faire à 98% ce que nous voulions.»

Reste que le duo a introduit un élément important : la temporalité. Il y a quelque chose d’immuable dans la série : pas de vieillissement, de mort, de naissance, etc. «On a été obligé de l’amener pour parler de succession. Mais à la fin, on s’est assuré de revenir sur nos pas et de boucler la boucle.»

Pas toujours évident

Travailler en duo n’est pas toujours une sinécure. «On n’y est pas toujours arrivé, avoue franchement Louis Clichy, en riant. On avait appris à mieux se connaître grâce au premier.»

Et gagné en expérience puisque le duo ne partait pas de zéro et pouvait donc fignoler les détails, «notamment avec quelque chose de plus graphique et chatoyant à l’image. On a aussi fait une caméra plus aérienne puisque nous sommes sur un périple. Nous avions besoin de choses virevoltantes.»

La popularité mondiale d’Astérix est un net avantage au regard des autres films d’animation européens : il peut facilement s’exporter et combattre l’hégémonie des studios américains. «Leur public devient le public mondial parce qu’on s’adapte à leurs goûts et à leurs couleurs, dit celui qui a travaillé chez Pixar. Ils ont énormément d’argent et de pouvoir. Moi, ce qui me plaît, c’est quand les animateurs font d’abord un film pour leur public à eux. Chaque pays devait miser sur les spécificités comme on essaie de le faire avec Astérix, d’une certaine manière.»

Dans Le secret de la potion magique, Louis Clichy interprète aussi un druide, Magnétix. «C’est pas un truc que j’aime faire, devant les gens [en studio]. C’est le problème des animateurs, nous sommes des acteurs introvertis.»

Un troisième chapitre? «Non. Pour l’instant, ce serait déraisonnable. On devient moins bon à trop souvent faire les mêmes choses.»

Louis Clichy veut d’abord prendre du repos bien mérité après avoir négligé femme, famille, amis et culture pour le travail intensif. Peut-être revenir à l’animation classique ensuite. Pour l’instant, il peut s’assoir sur ses lauriers...

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LA VOIX D'ASTÉRIX

Les fidèles d’Astérix vont remarquer un changement important : ce n’est plus Roger Carel qui fait la voix du héros gaulois. L’acteur de 91 ans a cédé sa place à Christian Clavier. Un choix assez logique puisqu’il a endossé ses habits dans Astérix et Obélix contre César (1999) et dans Mission Cléopâtre (2002). «Ça a été rassurant parce que ça a marché assez vite. Remplacer Roger Carel, qui le faisait depuis le début, c’était comme tuer notre personnage et en faire un autre. On aimait Clavier et sa voix était connotée à Astérix», souligne Louis Clichy, le coréalisateur du Secret de la potion magique. Éric Moreault

Astérix — Le secret de la potion magique prend l’affiche le 15 février

Les frais de ce voyage ont été payés par Unifrance.