Des scènes ont été tournées devant le Hilton, lundi après-midi.

Louis Bélanger en tournage à Québec

Devant la porte d’entrée du Hilton, trois adolescents arrivent à vélo et donnent un pourboire au portier de l’hôtel avant de filer à l’intérieur, direction salle à manger et piscine. À l’écran, cette scène du prochain film de Louis Bélanger ne dure qu’une vingtaine de secondes. Craignant la pluie, le réalisateur n’aura pas lésiné pour la tourner le plus rapidement possible, lundi après-midi, quitte à devancer l’horaire, au grand dam des journalistes…

«C’est l’histoire de trois p’tits bums pleins de cash qui font la grosse vie. À l’époque, on allait se baigner au motel Universel [près de l’Université Laval]. On dérangeait les touristes en faisant des bombes…», explique au Soleil l’auteur de Gaz Bar Blues, au sujet du long métrage à saveur autobiographique Vivre à cent à l’heure.

Autour de lui, devant la porte de l’hôtel du centre-ville, les techniciens s’affairent à déménager l’équipement au Palais Montcalm, où une autre scène sera tournée à la tombée de la nuit. Une rupture sentimentale, avec la porte Saint-Jean en toile de fond.

Plus tôt en journée, Bélanger et ses collaborateurs avaient mis en boîte quelques plans sur la 3e Avenue, à la polyvalente de Charlesbourg et dans la côte Sainte-Geneviève, autant de lieux qui s’inscrivent dans les souvenirs du cinéaste, dont la jeunesse turbulente sert de matière première à son septième long-métrage.

Sur 28 jours de tournage, cinq sont prévus à Québec, le reste se déroulant dans la région de Montréal.

Énergie de l’adolescence

Difficile de ne pas voir une certaine filiation entre ce film ayant comme titre de travail Vivre à cent à l’heure et 1987 de Ricardo Trogi, lui aussi originaire de la capitale, qui revisitait les souvenirs cocasses de son adolescence.

Le film de Bélanger se déroule dans les décennies 70 et 80, mais explore des zones plus dramatiques, au fil d’une amitié entre trois jeunes téméraires et avides de sensations fortes qui seront tentés par la vente de drogues pour faire de l’argent facile.

«C’est un paquet de mensonges basés sur des parties de vérité. Je m’inspire de ma jeunesse, mais je transforme beaucoup pour en faire de la matière cinématographique.»

D’une certaine façon, Vivre à cent à l’heure marche aussi dans les traces de son célèbre Gaz Bar Blues, où le réalisateur de 54 ans racontait sa jeunesse auprès de son père garagiste et de ses deux frères. 

«C’est un peu dans la continuité […] Ça faisait longtemps que je traînais [cette histoire] dans mes cartons. Je contais des affaires au monde et je voyais que ça faisait rire.»

Bouée de sauvetage

À l’époque, Bélanger confie qu’il aurait pu mal virer. «J’étais un bum qui a fini cinéaste. J’ai été un enfant de Paul Gérin-Lajoie [l’ancien ministre de l’Éducation]. La réforme scolaire m’a sauvé la vie. Mon père était un ouvrier qui a pu envoyer ses sept enfants faire des études post-secondaires. L’éducation a été ma bouée de sauvetage.»

Son frère, le musicien Guy Bélanger, a également joué un rôle crucial dan son cheminement. Sa passion pour la culture a ruisselé sur lui. «Guy, c’était un pusher culturel. Je me souviens des posters du film Sacco et Vanzetti, de Jimi Hendrix, de Miles Davis. Les magazines Pilote et Charlie Hebdo traînaient sur les planchers. Je baignais là-dedans, je n’avais pas d’effort à faire.»

Un film autobiographique tourné en partie à Québec, par un réalisateur de Québec, et qui devrait être terminé dans le courant de l’an prochain, peut-être en septembre, autant d’éléments qui en font le candidat idéal pour l’ouverture du prochain Festival de cinéma de la Ville de Québec, non?

Louis Bélanger réprime un sourire. «On en a parlé, moi et Ian... [Gailer, directeur général du FCVQ].»

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DIRIGER DE JEUNES COMÉDIENS

La chasse aux jeunes comédiens pour incarner les trois personnages de Vivre à cent à l’heure, à trois stades de leur vie, n’a pas été chose facile. Le réalisateur a rencontré beaucoup de candidats en audition.

«C’est une talle de comédiens que je ne connaissais pas. Il y avait aussi un coefficient de difficulté supplémentaire afin d’assurer une certaine ressemblance d’un comédien à l’autre [au fil des ans]. Je pense que je suis arrivé à un résultat assez surprenant.»

L’un d’eux, Rémi Goulet, vu au cinéma dans Les Pee-wee 3D et au petit écran dans L’académie et L’heure bleue, a été choisi pour incarner l’alter ego du réalisateur, une tâche que le jeune comédien appréhendait. «Ç’a m’a stressé beaucoup au début, mais dès que le tournage a commencé, tout a coulé. Louis et moi, on a une énergie assez semblable.»

Le personnage de Louis est incarné, de l’âge de 14 à 17 ans, par Elijah Patrice-Baudelot et, à 49 ans, par Alexis Martin. 

La distribution des principaux rôles masculins est complétée par Antoine L’Écuyer, Zakary Methot, Nicolas Guay, Félix-Antoine Cantin et Dylan Walsh.