Éloi (Vincent Lacoste), dit Lolo (à droite), a la fâcheuse manie de revenir au sein de la demeure maternelle chaque fois que Violette (Delpy) a un nouvel amoureux dans sa vie - dans ce cas-ci, Jean-René (Dany Boon).

Lolo: Tanguy 2.0 **1/2

CRITIQUE / En entrevue, Julie Delpy expliquait à quel point financer ses films était une tâche ardue. On peut donc lui pardonner cette comédie facile et convenue qu'est Lolo. D'autant qu'il y a une certaine touche d'originalité dans la réalisation et que c'est bien joué. Ça ne casse rien, mais c'est plutôt sympathique que cette réinvention du Tanguy avec un aspect pervers.
Il y a 15 ans, le Tanguy d'Étienne Chatiliez a eu tel impact que le prénom est passé dans le langage populaire pour désigner le phénomène des adulescents qui s'installent à demeure chez leurs parents. 
Éloi (Vincent Lacoste), dit Lolo, vit en appartement, mais il a la fâcheuse manie de revenir au sein de la demeure maternelle chaque fois que Violette (Delpy) a un nouvel amoureux dans sa vie. Dans ce cas-ci, Jean-René (Dany Boon), modeste informaticien rural, qu'elle a rencontré lors d'un séjour de vacances.
Complexe d'OEdipe tordu
L'ultra branché Lolo ne peut concevoir que sa mère en pince pour un plouc. Le jeune manipulateur va déployer toutes les astuces pour évincer le prétendant, notamment en faisant échouer une importante rencontre de travail (ce qui semble très gros dans le contexte). Tous les moyens sont bons, y compris le poil à gratter (est-ce qu'on est en 2016 ou à l'époque des Charlots?). Évidemment, sa maman poule ne voit rien aller...
Disons qu'il faut en prendre et en laisser pas mal dans ce film qui part d'une bonne idée (un complexe d'OEdipe tordu), mais qui s'appuie un peu trop sur les formules usées. Comme celle d'opposer une designer parisienne anxieuse et hypocondriaque à un provincial totalement beauf et niais. C'est vaudevillesque, mais ça ne fait pas rire pour autant. Évidemment, c'est souvent prévisible.
Il y a au moins la qualité d'interprétation de Delpy (Before Mid­night) et de Boon (Bienvenue chez les Ch'tis), parfaitement à l'aise dans cette comédie populaire à la française - qui manque cruellement de subtilité et abuse de vulgarités. On n'en dira pas autant de Vincent Lacoste, qui en met une couche de trop dans un rôle déjà un peu trop unidimensionnel (on aime bien haïr son Lolo, quand même). Karin Viard, en amie de Violette, est, comme d'habitude, impeccable.
Ce qui sauve le film de la catastrophe, c'est le ton parfois charmant et la légère touche surréaliste adoptée par la réalisatrice de La comtesse. Delpy, qui a joué pour Godard, Tavernier, Schlöndorff, Saura, Kieslowski et Linklater, a été à la bonne école. Elle sait certainement qu'il faut, à la base, un bon scénario. Et disons qu'elle a déjà fait beaucoup mieux que cette succession de saynètes avec un mince fil conducteur.
Tout dépend de ce qu'on cherche : Lolo est une comédie consensuelle, avec de bonnes répliques (et un peu trop d'argot parisien), jouée par des acteurs qui s'en donnent à coeur joie. Mais ça demeure un simple divertissement qui reste en surface, sans le ton corrosif de la satire qui aurait pu inspirer Julie Delpy à être plus mordante.
Au générique
Cote:  ** 1/2
Titre: Lolo
Genre: comédie 
Réalisatrice: Julie Delpy
Acteurs: Julie Delpy, Dany Boon et Vincent Lacoste
Classement: général
Durée: 1h39
On aime: le plaisir évident des acteurs
On n'aime pas: les formules éculées, le manque de mordant