Lily-Rose Depp incarne Isadora Duncan dans le film La danseuse.

Lily-Rose Depp: l'enfance de l'art

À 17 ans, Lily-Rose Depp a déjà une montée des marches au Festival de Cannes et quatre longs métrages au compteur, dont La danseuse dans lequel elle incarne la grande Isadora Duncan. L'aînée des superstars Vanessa Paradis et Johnny Depp est tombée dans la potion quand elle était petite et a fermement l'intention de faire carrière au cinéma. Déterminée et articulée, elle connaît aussi déjà les rouages de l'interview, assurée comme une pro. Un peu trop.
À quatre jours de Noël, que l'ado passe «en famille», Lily-Rose Depp enfile les entrevues. Les journalistes ont été avertis : pas de questions personnelles. Avertissement ignoré par le média avant Le Soleil. Rebelote sur les consignes avant le transfert d'appel où on joint l'égérie de Chanel encore un peu agacée.
Une question sur le premier long métrage de Stéphanie Di Giusto la remet dans de meilleures dispositions. Le drame biographique se concentre sur la carrière de Loïe Fuller (interprétée par Soko). La paysanne américaine se métamorphose en danseuse avant-gardiste à son arrivée à Paris, au début du XXe siècle. Sa fulgurante carrière aux pulsions autodestructrices suspend son envol lorsqu'elle rencontre Isadora Duncan, dont elle s'éprend.
Celle-ci va utiliser sa passion pour la manipuler à son avantage. D'abord séduite par le scénario «très bien écrit» et le fait «que j'adore les histoires vraies», Lily-Rose Depp s'est ensuite documentée sur «cette icône de la danse» qu'elle connaissait vaguement. «Il faut faire des efforts pour apprendre ce qu'ils ont fait dans leur vie et leur mentalité. On peut prendre modèle sur ça.»
«Elle a libéré toutes les danseuses de son époque de l'aspect très contrôlé et très mécanique de la danse», en adoptant une gestuelle très sensuelle et osant s'exhiber presque nue - ce qui était très choquant pour l'époque.
Une grande liberté d'expression qui en faisait aussi une précurseure du féminisme, ce qui plaisait bien à son interprète. «Tu sais, il n'y a rien de mal à montrer son corps d'une façon gracieuse. Rien n'était fait d'une façon vulgaire.» La danseuse le montre d'ailleurs très bien avec ses chorégraphies misant sur le diaphane des costumes.
Ces numéros présentaient un défi particulier. Celle qui a tâté du ballet «très petite» a répété avec une chorégraphe. Elle avoue volontiers, toutefois, avoir cédé la place à une doublure pour les numéros plus élaborés. «Ça m'aurait pris des années!»
Lily-Rose Depp et Soko, qui tient le rôle principal dans <em>La danseuse</em>, lors de la présentation du film à Cannes en mai
Lily-Rose Depp était aussi intéressée par le côté sombre de l'Américaine décédée tragiquement en 1927. «J'aimais bien son côté manipulatrice. C'était plus amusant pour moi de jouer ça. Il y avait une complicité très intéressante entre Loïe et Isadora qui ressemblait à l'amour, mais il y a aussi de l'admiration mutuelle. Isadora voit le pouvoir qu'elle a sur Loïe et s'en sert pour arriver à ce qu'elle veut.»
Controverse
La danseuse mise sur les personnalités antagonistes de ses deux protagonistes. L'une, torturée, introvertie et dissimulée derrière ses voiles, et l'autre, exubérante, «qui veut prendre du plaisir quand elle danse». Ce faisant, Stéphanie Di Giusto a beaucoup romancé la réalité, occultant la relation entre Loïe et son assistante Gabrielle (Mélanie Thierry) et inventant un personnage de comte fauché toxicomane (Gaspard Ulliel) dont Loïe est vaguement éprise.
Ce qui a causé une certaine controverse en France où on a accusé la réalisatrice et sa coscénariste de révisionnisme. Lily-Rose Depp se range résolument derrière son équipe. «Tous les artistes peuvent prendre des libertés pour faire de leur art ce qu'ils veulent. La plupart des choses dans le film se sont réellement passées.»
La danseuse, qui prend l'affiche vendredi, a eu un certain retentissement avant même sa sortie en France puisque le long métrage s'est retrouvé dans la section Un certain regard à Cannes, au mois de mai. Lily-Rose Depp a marché dans les traces de ses célèbres parents et effectué une montée des marches. «C'était surréel. J'ai jamais pensé que je serais là au tout début de ma carrière.»
Qui ne fait que débuter. La jeune actrice, qui a quitté l'école pour s'y consacrer, étudie avec soin tous les scénarios qui lui sont soumis en ce moment. Partageant une ressemblance frappante avec sa mère et jouant avec beaucoup de naturel, parfaitement bilingue, nul doute : la gloire l'attend.