Le plateau de tournage de la série télévisée <em>Heartland</em>, à High River, en Alberta. Les producteurs ont dû cesser le tournage des épisodes parce qu’ils n’avaient pas de polices d’assurance en place avant la COVID-19.
Le plateau de tournage de la série télévisée <em>Heartland</em>, à High River, en Alberta. Les producteurs ont dû cesser le tournage des épisodes parce qu’ils n’avaient pas de polices d’assurance en place avant la COVID-19.

Les tournages retardés à cause de problèmes d’assurance

TORONTO — Scènes de foule réduites. Moins de gens sur le plateau. Des tests de dépistage de la COVID-19. Des stations de lavage des mains.

Ce sont quelques-uns des protocoles de santé et de sécurité envisagés par les producteurs canadiens de films et de télévision pour leurs projets, puisque certaines provinces, dont le Québec, l’Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique assouplissent les restrictions contre la pandémie qui ont paralysé ce secteur à la mi-mars.

Mais malgré ces mesures, de nombreux producteurs indépendants ne peuvent pas encore fixer de date pour rallumer leurs caméras en raison d’un problème clé: les assurances.

Selon la Canadian Media Producers Association (CMPA), les compagnies d’assurance qui desservent le secteur du film et de la télévision excluent de leurs nouvelles politiques de production toute couverture contre la COVID-19 à l’avenir.

Cela signifie qu’un grand nombre de productions canadiennes qui n’avaient pas de polices d’assurance en place avant la COVID-19 — y compris la série Heartland, diffusée depuis plus de 10 ans — ne peuvent pas prendre le risque financier de démarrer uniquement pour voir le virus forcer l’interruption du projet.

La CMPA a récemment élaboré une proposition comportant une «solution fondée sur le marché» au problème, demandant au gouvernement fédéral de servir de filet de sécurité.

Selon la proposition, les producteurs paieraient des primes pour accéder à la couverture pour la COVID-19, qui irait dans un compte dédié pour payer les réclamations potentielles. Le gouvernement ne contribuerait que financièrement, par l’entremise d’un filet de sécurité proposé de 100 millions $, si jamais les fonds générés par la vente des polices étaient insuffisants pour couvrir les réclamations.

«Tout le monde comprend qu’il est extrêmement urgent de résoudre ce problème, a affirmé le président et chef de la direction de la CMPA, Reynolds Mastin, lors d’une entrevue téléphonique. Nous avons eu de bonnes discussions avec le gouvernement.

«Ils posent beaucoup de très bonnes questions et font une analyse très approfondie de notre proposition, et nous travaillons donc ensemble pour trouver la meilleure voie à suivre le plus rapidement possible.»

Les producteurs de tout le pays travaillent avec le gouvernement, les guildes et les syndicats pour élaborer les lignes directrices et les pratiques les plus appropriées pour retourner à la production.

Mais sans la couverture contre la COVID-19 dans une police d’assurance ou une aide gouvernementale, de nombreux producteurs indépendants ne sont pas en mesure d’assumer le coût de l’arrêt d’un projet parce qu’un acteur ou un membre de l’équipe de production aurait contracté la maladie, ou en raison d’une deuxième vague de contagions.

Coûts supplémentaires

Il pourrait également y avoir des coûts supplémentaires de production pendant une pandémie en raison de périodes de tournage plus longues pour satisfaire des mesures de sécurité accrues, des nettoyages supplémentaires sur le plateau et de la mise en place d’équipements de protection de santé et sécurité appropriés.

«Qu’est-ce qui me passe par la tête quand je pense à une deuxième vague? Mon cerveau explose», a illustré la productrice torontoise Amy Cameron, qui était en préproduction de la prochaine série de CBC Lady Dicks lorsque la COVID-19 a frappé.

«L’impact financier est énorme, la logistique est énorme, et il y a tellement de complications.»

Mme Cameron, qui est coproductrice déléguée, a indiqué avoir obtenu une assurance pour la série télévisée aux environs des fermetures de la pandémie. La politique a de nombreuses exclusions au sujet de la COVID-19, mais elle couvre jusqu’à 10 acteurs, et comprend donc au moins il y a une certaine sécurité.

Elle est en train de rédiger des directives de santé et de sécurité pour la production dans le but de commencer la préparation au tournage au début juillet si les règles gouvernementales le permettent.

Le producteur Tom Cox avait des polices d’assurance en place pour deux séries avant la fermeture de la pandémie — le tournage, à Calgary, de Wynonna Earp, dont la diffusion de la quatrième saison est prévue sur la chaîne CTV Sci-Fi, et le prochain drame mondial de Vancouver Family Law. Il prépare maintenant la reprise de la production de ces deux émissions.

Cependant, il ne peut pas aller de l’avant avec le tournage de la 14e saison d’une autre série, Heartland, diffusée sur CBC, parce qu’il n’a pas encore d’assurance pour ce projet.

«Nous ne pouvons vraiment pas prendre le risque associé au démarrage de la production dans les circonstances avec une assurance qui a des exclusions pour la COVID, a affirmé M. Cox, de Calgary. Nous attendons donc. Et nous ne sommes certainement pas seuls. La majeure partie de l’industrie canadienne est dans le même bateau.»

Certains studios peuvent être en mesure de procéder sur la base de l’autoassurance, a expliqué M. Cox, mais de nombreuses sociétés de production indépendantes canadiennes n’ont pas les ressources pour le faire.

Le producteur Kyle Irving, de Winnipeg, avait souscrit une assurance pour le film Esther, qui était en préproduction avant la pandémie.

En utilisant les protocoles de santé et de sécurité des films et de la télévision pour la COVID-19 qu’il a aidé à écrire pour toute la province du Manitoba, il prévoit de commencer à faire tourner des caméras pour le long métrage en août.

Cependant, le partenaire chez Eagle Vision affirme que toutes leurs autres productions, dont Burden of Truth de CBC, sont retardées indéfiniment jusqu’à ce que le problème des assurances soit résolu.

«S’il n’y a pas de filet de sécurité pour la responsabilité d’un producteur dans l’éventualité d’une nouvelle fermeture, comment pouvons-nous travailler avec nos partenaires syndicaux pour partager le risque financier d’une autre fermeture? a demandé M. Irving. Il va falloir que tout le monde fasse des compromis pour que cela devienne quelque chose qui, d’un point de vue commercial, soit tenable.»