Cristi (Vlad Ivanov) se retrouve sur l’île de la Gomera où il est étroitement surveillé par un gang de mafieux.
Cristi (Vlad Ivanov) se retrouve sur l’île de la Gomera où il est étroitement surveillé par un gang de mafieux.

Les siffleurs: Air connu ** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / J’avoue avoir été surpris que Les siffleurs (La Gomera) se retrouve, l’an passé, en compétition à Cannes. Mais Corneliu Porumboiu y avait décroché la caméra d’or pour 12 h 08 à l’est de Bucarest en 2006 et un Prix du jury en 2009 dans la section Un certain regard. Quand on connaît la fidélité du Festival pour ses réalisateurs, ceci explique cela.

D’autant que sa récompense de 2009, pour Policier, adjectif, mettait en scène un jeune flic consciencieux prénommé Cristi. Or, cette fois, on retrouve un inspecteur désabusé et corrompu qui s’appelle… Cristi (Vlad Ivanov).

On peut certainement y voir une métaphore de la déliquescence de la Roumanie, métaphore aussi exploitée par des compatriotes comme Cristian Mungiu (Baccalauréat), en plus austère, peut-être, mais de façon plus originale.

Corneliu Porumboiu a voulu revisiter les thèmes de la comédie policière (trafic, corruption, chantage, double jeu, etc.) et ses personnages typés sans que ce soit très convaincant.

Donc, notre inspecteur de police de Bucarest est soupçonné par ses supérieurs et mis sous écoute. Pour réussir à faire sortir un mafieux de prison et récupérer des millions cachés, il doit redoubler de précaution.

Il se retrouve sur l’île de la Gomera, sous la houlette de Gilda (Catrinel Menghia), une brune explosive. Il a peu de temps pour apprendre le Silbo, une langue sifflée ancestrale...

Cristi a un plan, mais ça ne passe pas comme prévu. Gilda y veille…

Cristi a un plan, mais ça ne passe pas comme prévu. Gilda (Catrinel Menghia) y veille…

Dans ce jeu de dupes à l’humour noir, Porumboiu déconstruit la temporalité de son récit, à la manière des premiers Tarantino (en beaucoup moins sanglants). Le Roumain multiplie aussi les références à Hitchcock et aux classiques du genre dans ce cinquième long métrage de fiction.

Dans cette volonté de présenter une histoire opaque que doit déchiffrer le spectateur, le scénario peine toutefois à éclaircir le tout de façon satisfaisante alors que progresse l’action, en plus de tourner les coins ronds. Et vers la fin, l’intrigue devient un peu trop grosse.

Reste le dépaysement : les paysages de la Gomera sont spectaculairement beaux. Et le plaisir de voir évoluer Catrinel Menghia. Mannequin, elle mène en parallèle une carrière d’actrice depuis dix ans en Italie — on a pu l’apercevoir dans Tale of Tales de Matteo Garrone en 2015. Cette fois, elle occupe un rôle principal et se tire fort bien d’affaire en séductrice avec une tête sur les épaules.

Bon, ça ne rachète pas complètement un film divertissant et ludique, certes, mais qui peine à soutenir l’intérêt en raison de la propension de Porumboiu à faire du style pour faire du style.

Les siffleurs est présenté en salle.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Les siffleurs

Genre : Comédie policière

Réalisateur : Corneliu Porumboiu

Acteurs : Vlad Ivanov, Catrinel Menghia

Durée : 1h37