Louis Hofmann est d'un formidable naturel dans Les oubliés, qui relate le quotidien d'un groupe de jeunes soldats allemands forcés de déminer une plage du Danemark après la capitulation.

Les oubliés: tension extrême ***1/2

CRITIQUE / Les oubliés (Under sandet) est le quatrième long métrage en compétition pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère à prendre l'affiche ici. Et il contribue grandement à faire de cette catégorie la plus relevée de la soirée. Grâce à une réalisation impeccable, Martin Zandvliet propose une oeuvre d'une tension dramatique presque insoutenable et un beau portrait de jeunes hommes victimes de la folie guerrière des hommes.
Inspiré de faits réels, Les oubliés raconte le triste destin d'une poignée de soldats allemands après la capitulation, en mai 1945. À peine sortis de l'adolescence, la douzaine de conscrits de dernière minute doivent déminer un carré de plage du Danemark qui contient 45 000 engins explosifs. En échange de leur labeur, les autorités militaires leur font miroiter la liberté...
Les jeunes sont sous la tutelle du sergent Rasmussen (Roland Møller), un gradé intransigeant mu par une haine profonde du Reich. Il mène d'une poigne de fer ses prisonniers terrorisés. La peur au ventre, ceux-ci doivent composer avec l'humiliation, la détresse induite par leur tâche fastidieuse et extrêmement dangereuse, en plus de la faim qui les affaiblit.
Puisqu'ils désamorcent les mines manuellement, la question n'est pas de savoir si, mais quand surviendra une explosion mortelle. Dans ce contexte, la tension devient presque insupportable. Martin Zandvliet utilise une mise en scène qui ne laisse aucun répit au spectateur quand les jeunes sont à l'ouvrage. Quand l'inévitable se produit, il a le respect de ne pas insister, sans pour autant détourner sa caméra. Il y a même plusieurs explosions qui se produisent hors champ. Ce qui est encore plus difficile pour les nerfs.
Entre ces moments de tension, le réalisateur danois filme le désespérant quotidien des jeunes, les liens et les tensions qui se créent au sein du groupe. Au fil du temps, leur geôlier commence à ramollir et à nouer des liens, en particulier avec Sebastian Schumann (Louis Hofmann, d'un formidable naturel), devenant même une figure paternelle pour le jeune homme. Le sergent est tiraillé entre ses responsabilités militaires (et un supérieur odieux), un sentiment d'injustice grandissant et son empathie.
L'approche documentaire de Zandvliet dans ces moments renforce le sentiment de proximité du spectateur sans qu'il s'y sente forcé. Les moments tragiques nous secouent en tout sens...
Ce qui est d'autant plus étonnant que, sans mauvais jeu de mots, le réalisateur danois était en terrain miné tellement la Seconde Guerre mondiale a fait l'objet de films en tout genre. Mais son approche humaine, le sujet et sa mise en scène permettent d'éviter de tomber dans les clichés du genre - si ce n'est la finale, peu plausible, mais fort émouvante.
Bref, un vrai bon moment de cinéma. 
Qui nous habite longtemps après la projection : un signe qui ne trompe pas.
Au générique
Cote:  *** 1/2
Titre: Les oubliés (v.o.s.-t.f.)
Genre: drame
Réalisateur: Martin Zandvliet
Acteurs: Roland Møller, Louis Hofmann et Joel Basman
Classement: 13 ans et plus
Durée: 1h41
On aime: La tension dramatique. La réalisation impeccable. La page d'histoire méconnue.
On n'aime pas: La finale.
Vous voulez y aller?
Les oubliés
Vendredi 7 avril, 18 h
Samedi 8 avril, 12 h
Maison du cinéma de Sherbrooke