Ce deuxième chapitre des Mères indignes aurait été mieux réussi si la comédie avait réellement embrassé son aspect subversif.

Les mères indignes se tapent Noël: oh, oh, oh! **1/2

CRITIQUE / Sorti à l’été 2016, Mères indignes a manifestement touché un nerf hilarant chez sa clientèle féminine: la comédie outrancière a engrangé des recettes de plus de 100 millions$ au Canada et aux États-Unis. Une suite était dans l’ordre des choses: Les mères indignes se tapent Noël (Bad Moms Christmas). Tout est dans le titre: c’est la même recette que le premier, vulgaire, peu crédible, et ça se passe dans le temps des Fêtes… Et c’est pas un cadeau: oh, oh, oh!

Jon Lucas et Scott Moore (Lendemain de veille, 2009) n’ont pas cherché midi à 14 heures. Après le premier volet qui exploitait la pression subie par les mamans qui cherchent la perfection, en particulier en milieu scolaire, le deuxième creuse le sillon du temps des Fêtes parfait — la période de l’année la plus stressante pour une femme, semble-t-il. Il faut cuisiner, décorer, magasiner, emballer, aller aux partys, sans jamais perdre le rythme ou la tête. 

Pour Amy (Mila Kunis), c’est trop. Mais sa famille recomposée ne semble pas trop s’en faire. Même chose pour Kiki (Kristen Bell), douce et introvertie femme d’intérieur avec quatre enfants, et, dans une moindre mesure, pour Carla (Kathryn Hahn, excellente), monoparentale toujours aussi rock’n’roll. 

Encore une fois, le trio décide de lâcher prise. Et de partir sur la brosse — au centre commercial, ce qui donne quelques scènes satiriques assez réussies, dont celle au ralenti sur du Mötley Crüe. Il y a aussi, plus tard, un combat de ballon-chasseur à la western spaghetti assez amusant.

Ce désir de Noël relax, c’est avant que débarquent leurs propres mères, incarnation des stéréotypes des classes sociales américaines: aisée, moyenne et ouvrière. La contrôlante mère d’Amy (Christine Baranski) est une snob finie qui veut un Noël parfait, y compris une soirée mondaine avec Kenny G pour la musique d’ambiance ; la pathétique mère de Kiki (Cheryl Hines) veut une symbiose idyllique avec sa fille alors que celle de Carla (Susan Sarandon) s’en fout complètement (le délurée veut siphonner de l’argent à sa fille).


Chaque personnage est, évidemment, caricatural à souhait. La subtilité n’est pas le genre des réalisateurs. Le duo va même jusqu’à pousser le bouchon de l’objectification sexuelle à l’envers. Carla tombe en amour avec un danseur exotique (un ex-pompier!) dont la principale caractéristique est d’avoir un gros canon… qu’on voit en gros plan, évidemment. Bonjour les clichés.

Là où ça se gâche vraiment, toutefois, c’est quand le film verse dans la psychologie à cinq sous (les filles passent leur temps à vouloir plaire à leur mère alors que celles-ci les discréditent sans cesse) et les bons sentiments. Film du temps des Fêtes oblige, on a droit à toute la panoplie de remords, d’excuses larmoyantes et d’embrassades… De plus, vous me direz que, habituellement, c’est l’inverse, mais les gars ont vraiment des rôles de figuration et pas beaucoup d’intelligence…

Ce deuxième chapitre des Mères indignes aurait été mieux réussi si la comédie de Lucas et Moore avait réellement embrassé son aspect subversif. Notamment en explorant le poids des traditions et leur signification réelle alors que le consumérisme a tout avalé. 

Mais, bon, il s’agit d’un divertissement parfois hilarant qui veut justement, les filles, vous faire dépenser votre argent au cinéma. Et si le film sort en ce moment, c’est parce que les studios savent fort bien que leur public cible sera beaucoup trop occupé en décembre… C’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: **1/2
  • Titre: Les mères indignes se tapent Noël
  • Genre: comédie
  • Réalisateurs: Jon Lucas, Scott Moore
  • Actrices: Mila Kunis, Kristen Bell, Kathryn Hahn
  • Classement: général
  • Durée: 1h44
  • On aime: quelques moments réussis
  • On n’aime pas: l’humour vulgaire, la recette sans imagination, les bons sentiments