Les «Mad Men» d'Expo 67

La genèse de l'exposition universelle de Montréal, la célèbre Expo 67, est l'histoire d'un pari fou porté par des hommes d'exception. En un temps record, seulement trois ans et demi, Philippe de Gaspé Beaubien et ses collaborateurs sont partis de zéro pour construire un événement planétaire qui devait marquer l'histoire. Cinquante ans plus tard, la chronique d'un flop annoncé est vue comme un «success story» à la québécoise.
À la recherche d'un angle pour aborder la petite histoire derrière la grande, pour les besoins du documentaire Expo 67 : Mission (Im)Possible, la coréalisatrice et productrice Guylaine Maroist a eu un déclic en regardant la télésérie Mad Men. Campée dans les années 60, au sein d'une agence de publicité new-yorkaise, l'oeuvre de Matthew Weiner renvoyait un écho à l'équipe de choc embauchée pour mener à bon port un projet auquel personne ne croyait.
«J'ai vu la télésérie, avec un peu de retard, et ça m'a allumée tout de suite», explique au Soleil la cinéaste originaire de Lac-Beauport, maintenant à la tête de la boîte Les Productions de la ruelle.
«L'équipe d'Expo 67 était composée d'hommes qui étaient très à l'avant-garde. Philippe de Gaspé Beaubien [le directeur de l'exploitation] avait étudié à Harvard, ce qui était exceptionnel à l'époque pour un Canadien-Français. Yves Jasmin [le directeur de l'information, de la publicité et des relations publiques] était un publicitaire plein d'idées. Des hommes très modernes dans un Québec qui était en train de le devenir.»
Guylaine Maroist, flanquée de ses collaborateurs Michel Barbeau et Éric Ruel, a passé des mois le nez plongé dans les archives gouvernementales, à choisir les pièces les plus pertinentes parmi quelque 80 000 documents visuels. Un travail de moine qui a permis de redonner les lettres de noblesse aux acteurs méconnus de cette incroyable épopée, mais également de mettre en évidence les acteurs politiques de l'époque, les Lester B. Pearson, John Diefenbaker, Jean Lesage et, bien entendu, Jean Drapeau.
Une équipe solidaire
De l'audace, il en a fallu à Philippe de Gaspé Beaubien (un orateur hors pair) et à ses onze collaborateurs pour garder le cap malgré l'ampleur du projet, les vents contraires soufflant d'Ottawa et du Canada anglais, les railleries des analystes et journalistes, persuadés que le navire se dirigeait tout droit vers les récifs. «Les Québécois non plus n'y croyaient pas», poursuit Guylaine Maroist.
À la recherche d'un angle pour aborder la petite histoire derrière la grande, pour les besoins du documentaire <em>Expo 67 : Mission (Im)Possible</em>, la coréalisatrice et productrice Guylaine Maroist a eu un déclic en regardant la télésérie <em>Mad Men</em>.
Le succès d'Expo 67 n'a pas été celui d'un seul homme, croit la cinéaste, mais d'une équipe, composée de francophones et d'anglophones, déterminée à aller au bout de ses idées. Et surtout solidaire, quoiqu'il advienne. «La solidarité c'est important, on l'oublie trop souvent, à notre époque axée sur le 'je'. Personne, à Expo 67, n'a pris le crédit pour lui. Les forces de chacun étaient utilisées à la bonne place.»
Cinquante plus tard, la cinéaste estime que l'incroyable épopée d'Expo 67 peut faire oeuvre utile en ces temps de cynisme et rappeler aux Québécois qu'ils peuvent accomplir de grandes choses.
«Il faut s'inspirer de l'audace de ces gens parce qu'on est un peu frileux à l'heure actuelle, on a peur de faire des choses. Cette expérience est inspirante, surtout pour les plus jeunes. Alors que des pays cherchent aujourd'hui à construire des murs, l'équipe d'Expo 67 a voulu construire des ponts entre les peuples.»